Donner tout son temps à l’amour

Publié le par Balpe

Si Marc s’était d’abord mis en tête qu’il y avait entre eux une trop grande différence d’âge, Gilberte, elle, était libre. Plus libre que lui. Libre de perdre sa liberté, sans hésitation ni arrière-pensée. Dès lors qu’elle avait couché avec lui, qu’elle sentait que l’hôtel de luxe le mettait mal à l’aise, Gilberte — avec la facilité de ceux qui ayant tout peuvent accepter de tout perdre pour un temps — n’hésita pas une seconde à abandonner sa suite à l’Aigle Noir pour s’installer dans la petite maison au confort minimal que Marc louait à Avon. Tout entre eux devint alors d’un agrément et d’une facilité extrêmes. Ils s’entendaient parfaitement, mangeaient quand l’envie les en prenait, se mettaient au lit lorsqu’ils y pensaient, ne se souciaient ni d’argent ni de convenances.

L’amour prend beaucoup de temps, c’est pourquoi il fleurit si bien en province. Gilberte avait tout son temps, Marc Hodges — écrivain sans véritable ambition, qui ne pratiquait l’écriture que parce qu’il n’avait jamais rien su faire d’autre — mis à part « travailler » pour des organisations clandestines, bien entendu, activité qu’il avait, comme je vous l’ai dit, abandonné…— en avait presque autant. Tous deux, pour des raisons différentes, avaient appris l’art de se laisser vivre : à tous moments ils étaient libre de se rencontrer, marcher le temps qu’il voulait dans le parc du château ou la forêt environnante.

Marc s’appliqua à lui faire connaître les environs : Moret-sur-Loing, les délicates petites vallées de l’Orvane et du Petit Morin, les sinuosités du Loing, les restaurants de Milly-la-forêt, les galeries de Barbizon, les innombrables halles anciennes et châteaux dispersés dans la campagne… Bref, ils se sentaient bien ensemble.

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