Raisons amoureuses

Publié le par Balpe

Au bout d’un mois d’absence de Marc, Gilberte et moi nous étions persuadés qu’il ne reviendrait plus : Ce que nous avions découvert dans ses documents nous avaient confortés dans l’idée que sa vie avait longtemps été aventureuse et dangereuse. Nous ne savions pas si nos hypothèses étaient justes mais nous pensions que son passé le rattrapait et que, s’il était parti comme un voleur, c’est parce qu’il n’avait pas le choix. En effet, même si les relations entre Gilberte et lui s’étaient un peu dégradées, elle ne l’étaient pas au point qu’il la fuit : jamais ils n’avaient eu de dispute, même pas de chamailleries. Au pire ce n’était plus tout à fait la passion qui les avait emportés un temps.

Il faut bien dire aussi que cette explication nous convenait car elle justifiait notre rapprochement. Gilberte pouvait jouer à la pseudo-veuve abandonnée et désemparée, moi à l’ami fidèle et consolateur prenant sa misère à sa charge. C’était un peu salaud… mais les sentiments ne se commandent pas ; la vie, l’amour, ont leurs propres lois : j’étais depuis longtemps amoureux de Gilberte. La nouveauté, s’il y en avait une, étant que maintenant elle l’était aussi de moi. Je trouvai en elle la jeune fille intelligente, racée, sensuelle dont, au fond de moi, j’avais toujours rêvé. Elle, qui avait toujours préféré dans ses amants l’image incestueuse du père, n’avait, en perdant Marc, rien perdu sur ce plan là. Notre différence d’âge était équivalente. Gilberte se livra à moi comme elle s’était livrée à lui. J’ai pensé même, durant un certain temps, qu’en quelque sorte, elle m’aimait par procuration, ou plutôt par compensation. Ce sentiment — qui aurait mis dans nos relations une part de frustration — céda vite la place devant la réalité de notre relation et je finis par accepter que Gilberte m’aime pour moi-même.

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