Affinités

Publié le par Balpe

Marc fut absent quinze jours. Quinze jours sans le moindre signe de vie. Gilberte oscillait sans cesse entre l’inquiétude et l’indignation. Elle connaissait peu de monde à Fontainebleau à qui se confier, j’étais tout naturellement l’oreille complaisante et compatissante dont elle avait besoin. Au début elle m’invitait à boire un café au bar de son hôtel, essayait de me faire parler de Marc, de son passé, de comprendre ce qui se passait mais je jouais d’autant mieux mon rôle d’ami fidèle peu désireux de trahir des secrets que je ne savais pas grand-chose — à cette époque je ne savais pas encore grand chose de la vie passée de Marc Pérignon.

Pour occuper le reste de son temps, elle faisait semblant d’aller suivre des cours à l’INSEAD — mais elle en savait l’inutilité — mais les appétits carriéristes de ses condisciples l’ennuyait fortement. Elle, elle n’avait pas besoin de ça et croyait ingénument — ou faisait semblant de le croire — qu’ils étaient dans l’erreur et gâchaient leur jeunesse. Comme elle ne cachait pas ses sentiments, comme elle n’avait pas envie de se laisser séduire par un de ces jeunes loups aux dents longues qui visaient sa fortune et sa situation future, elle était laissée de côté. Elle ne résista pas longtemps. Alors elle m’invita d’abord à déjeuner, puis à dîner et nous nous découvrîmes ainsi quelques affinités. Elle aimait comme moi les musiques ethniques, comme moi elle adorait l’opéra et le cinéma des années quarante… nous avions aussi quelques lectures communes et je lui fis découvrir quelques jeunes poètes… Bref je lui faisais de mieux en mieux oublier Marc.

 

Publié dans Gilberte

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