Gilberte et l'argent

Publié le par Balpe

Gilberte ne représentait pas la banalité du quotidien. Elle n’était pas du milieu de Marc. L’argent ne signifiait rien pour elle. En ce sens elle représentait tout ce contre quoi Marc avait cru lutter une bonne partie de sa vie. C’était une « bourgeoise », une grande bourgeoise même et, qui plus est, elle n’en avait aucun complexe, trouvait naturel de loger dans la meilleure suite d’un hôtel cinq étoiles, de cantiner dans les meilleurs restaurant de la ville ou des environs, de s’acheter les habits dont elle avait envie — depuis le jean jusqu’à la robe de grand couturier — sans se soucier ni du prix ni de la marque et de posséder une MG Sptifire. Elle avait en tout cela une simplicité naturelle et une aisance remarquable. Elle ne faisait ni étalage de son argent, ni n’éprouvait le moindre complexe à en avoir presque à volonté. Elle avait de l’argent. C’était tout. Elle ne considérait l’argent ni comme un levier de pouvoir ni même comme de l’argent — attitude fréquente chez ceux qui n’en ont pas eu beaucoup et qui se trouvent en avoir soudain davantage — mais comme une simple réalité pragmatique : comme si tout un chacun devait s’émerveiller à tout moment de respirer. L’argent lui était aussi naturel que la respiration ou la digestion : elle n’y pensait jamais. Elle s’en servait suivant ses envies et ses besoins. Sans plus. D’autant que l’argent n’entrait jamais directement dans ses désirs les plus profonds : elle aimait avant tout se promener dans la nature, profiter de toutes les petites joies que pouvaient lui offrir la lumière d’un soir d’été sur une mer étale, les multiples couleurs d’une forêt d’automne ou un coucher de soleil en montagne. Si quelqu’un lui avait dit qu’elle menait une vie de luxe, elle en aurait été surprise : elle ne changeait pas fréquemment de voiture, n’aimait pas les bijoux coûteux, ne portait pas de manteau de fourrure, ne voulait pas de yacht personnel ou de chauffeur pour sa voiture. Si elle faisait des croisières sur le yacht de son père, c’est qu’elle aimait la mer ; si elle logeait dans une suite, c’est parce qu’elle y avait plus d’espace que dans une chambre ordinaire. Tout ça était tout naturel. Ce n’était pas naturel pour Marc.

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