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Publié le par Balpe

Marc Hodges fut obligé de disparaître quelques jours. Du moins c’est ce qu’il nous dit quand il réapparut. Aucun de nous ne savait où il avait été. Gilberte, elle-même, ne fut pas avertie : un matin elle se retrouva seule dans la petite maison d’Avon que Marc avait quitté dans la nuit. Sur la table du petit-déjeuner, une enveloppe avec ces seuls mots : « je reviendrai… bientôt. ». Elle attendit un jour, puis deux… mais elle n’était pas habituée à une vie aussi spartiate et dès lors que l’amour, la violence du désir, ne lui faisaient plus oublier le cadre dans lequel elle vivait depuis quelques temps, elle ne supporta plus de rester seule. Bien sûr elle me téléphona. Nous étions amis et nous nous voyions souvent tous les quatre : « Sais-tu où est Marc ? » « Non, aucune idée ? Il n’est pas là ? » « Il est parti depuis deux jours sans rien dire… Je ne comprends pas. » J’hésitai à lui dire ce que je savais du passé de Marc Hodges, j’ignorais si lui-même lui en avait parlé : « Il ne t’a vraiment rien dit ? » « Il a laissé un mot sur la table de la cuisine : je reviendrai bientôt… » « C’est tout ? » « C’est tout ! »

Marc m’ayant fait souvent des confidences sur son passé militant — devant moi il en éprouvait une certaine fierté alors qu’il le cachait à la plupart des gens, j’étais l’oreille dont il avait besoin, son confident de théâtre — je me doutai aussitôt qu’il y avait là une difficulté dont il ne pouvait pas parler. « S’il te dit qu’il reviendra bientôt, c’est qu’il reviendra bientôt… » « Deux jours sans nouvelles… » Il y avait dans sa voix un ton de reproche. Je hasardais « Ce n’est rien ! » Elle répondit « C’est trop, je n’ai pas l’habitude qu’on me traite comme ça, je déménage. » « Où vas-tu ? » « Je retourne à l’Aigle noir ». Le soir même elle y avait retrouvé sa suite.

Publié dans Gilberte

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