Comment Marc Hodges travaille

Publié le par Balpe

Mes lecteurs savent assez mes conflits avec Marc Hodges; j'en ai assez parlé, il en a fait de même. Cette animosité réciproque ne m'interdit cependant pas d'essayer d'être objectif et je dois reconnaître une certaine ampleur à son travail même si je ne comprends pas toujours où il veut en venir (s'il veut en venir quelque part). Son ensemble de fictions Le sens de la vie par exemple, m'a longtemps paru impénétrable: des récits qui s'entrecroisent certes mais sans que je parvienne à saisir l'intérêt de ces entrecroisements, des récits aboutis, d'autres inachevés, des textes qui ressemblent davantage à des notes de travail qu'à de véritables textes littéraires, des mélanges de fiction et de confessions, d'emprunts à de nombreux auteurs (la plupart du temps sans référence), etc. Bref quelque chose comme ce qu'il appelle lui-même une écriture chaotique.

Je n'ai commencé à comprendre un peu que lorsque je suis entré dans Les carnets d'Oriane, cet ensemble de textes qu'il prétend recopier sur des carnets trouvés dans une brocante. Je connais Oriane, contrairement à ce qu'il affirme, je pense qu'il la connaît aussi. J'ai pu alors m'apercevoir qu'il y a entre ces notes de carnets et les fragments du Sens de la vie un ensemble de relations non négligeables: des textes qui se retrouvent de l'un dans l'autre, des personnages qui apparaissent et disparaissent, des références communes comme si l'un ne pouvait tisser son texte sans l'autre. Il en est de même avec La disparition du Général Proust et même avec des publications qui semblent n'avoir rien à voir avec des textes comme ses albums de photos Photos de Lucienne ElstirPhotos de Marc Hodges, Photos de Saint-Loup, ou Photos de Marc Hodges. Se dessine alors une construction complexe où la fiction est autant une fiction de texte qu'une fiction de récit. Certains textes se retrouvent de l'un dans l'autre, avec ou sans modifications, se renvoient de l'un à l'autre, se confortent, se contredisent, se complètent, se détruisent comme si ce qu'il voulait mettre en scène c'est la fabrique active du texte plus que le texte lui-même. Une tendance à l'œuvre infinie. Un fantasme bien sûr mais un fantasme qui cherche sa réalisation. Un acte manqué peut-être mais un acte.

J'ai ainsi découvert un autre espace de publication qui, a priori, semnle n'avoir rien à voir avec ce qui précède: Trajectoires. Et pourtant. Un lecteur attentif — ou simplement curieux — ne tardera par à s'apercevoir que certains des textes de Trajectoires viennent du Sens de la vie et réciproquement. J'ai même l'impression que les uns sont comme les brouillons des autres, comme si une machine fournissait à Marc Hodges des ébauches de textes qu'il utilisait (ou non, mais ça ne nous pouvons pas le vérifier) comme matériau de base. A cet éclairage le Général Proust prend davantage de relief: il semble utiliser à la fois des matériaux de Marcel Proust explicitement référencas, d'autres non dits et des éléments de textes venus d'ailleurs que l'on trouve parfois dans d'autres récits ou fragments de récits. C'est assez étonnant même si je ne parviens pas à tout lire (mais est-ce fait pour ça ?).

Publié dans Marc Hodges

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