Mon travail

Publié le par Balpe




Pas de journée sans page, je m’abrutis — et il m’en faut bien peu — d’obligations futiles, à respecter les règles que je me suis imposées, à confronter texte publié et version numérique de la fiction que j’essaie d'écrire dans la louable intention de produire des variantes créatives. Cela n’intéressera que deux ou trois personnes, moi avant tout bien entendu mais puisque je me suis lancé dans ce jeu autant le mener jusqu’au bout. Peut-être ai-je besoin de cela tout simplement pour oublier le ratage complet qu’est mon existence. Je vais atteindre cinquante ans sans avoir jamais rien vraiment réussi, ni ma vie sentimentale, inexistante (la baise tenant lieu de relation affective), ni ma vie professionnelle (artiste indépendant je vivote d’un contrat minable à un autre), ni ma vie artistique car mis à part deux ou trois cent personnes, nul ne connaît mon travail. Père tué pendant la guerre, mère morte jeune, ni frère ni sœur, ni femme ni enfants, je suis sans attaches et cette liberté absolue qui pendant longtemps m’a servi d’affichage et dont je me suis souvent glorifié, à ce tournant de l’existence, s’ouvre soudain sur un vide incommensurable. Je ne pourrai pas poursuivre ainsi, le pire étant que dans mon isolement je n’ai même personne à qui je puisse en parler. Je suis condamné à me taire ne pouvant me confier qu’à ce dérisoire journal intime. Même Claude, qui est peut-être la personne la plus proche de ce que l’on peut considérer comme un ami, ne me fréquente que tant que j’offre une oreille complaisante à son propre vide et ne m’écoute plus dès que j’essaie de parler de moi.

Publié dans Appartés

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brebis 14/12/2007 11:37

no comment