Suite et fin du récit amoureux de Natacha

Publié le par Balpe

« J’hésitai longtemps à frapper à la porte, continua Natacha, j’ai même été sur le point de rebrousser chemin car je n’étais pas sans comprendre l’audace de mon geste : venir déclarer son amour à un presque inconnu, lui dire que j’avais tout quitté pour lui et que j’avais parcouru la moitié de la terre pour venir à sa rencontre… Tout ça était absurde mais je ne pouvais faire autrement, il était trop tard, je n’avais plus d’autre solution… Bien sûr j’avais imaginé mille fois cette scène, la porte qui s’ouvre, ma déclaration d’amour, les bras qui m’accueillent et le bonheur à venir. Mais devant cette ridicule porte de bois à la peinture marron sale écaillée, je n’étais plus si sûre que mes mots soient les bons, je me demandais si je ne ferais pas mieux de me jeter directement à son cou, de l’embrasser avec fougue sur la bouche avant qu’il n’ait le temps de réagir. Peut-être même de succomber tout de suite à l’attraction de la chair ! »

Natacha me regarda un moment, rêveuse, visiblement émue, les yeux perdus dans la verdure du parc comme si je n’étais pas là puis reprit : « J’ai ainsi hésité longtemps. Un quart d’heure peut-être. Derrière la porte j’entendais des bruits attestant d’une présence : bruits de pas, toussotements, bruit de vaisselle et de chasse d’eau… Il était éveillé. Ces bruits attestaient qu’à l’intérieur le jour commençait : il devait être un peu plus de huit heures. Je me suis décidé. J’ai frappé à la porte, tout doucement puis comme rien en se passait, plus fort. Des pas se sont approchés, j’ai frappé encore. La porte s’est entrebâillée. Elle était retenue par une chaîne de sécurité et je n’ai pu qu’entrapercevoir mon amour en pyjama, torse nu, le visage encore tout barbouillé de nuit. Je n’avais pas prévu ça. J’ai murmuré « je vous aime ». Il m’a regardé comme une folle : « Qui êtes-vous ? » « Natacha, de Moscou » Du fond de l’appartement j’ai entendu une voix féminine : « Qui est-ce ? » J’ai eu le courage de répéter « Je vous aime ! » mais je me sentais prête à m’évanouir. Il a répondu : « je ne sais pas, une folle… » et a refermé la porte. Je me suis assise par terre sur la palier et me suis mise à pleurer longtemps en silence. Seuls des bruits de pas montant l’escalier m’ont obligé à me calmer. Je me suis enfuie. » Natacha s’est tue. Elle m’a regardé longuement mais s’est tue. Je l’ai regardé mais je savais que je n’avais rien à lui dire et qu’elle n’attendait rien de moi.

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