L'érotisme comme tranquillisant

Publié le par Balpe

Natacha a donc emmené Marc chez elle. Elle avait monté une petite agence de voyage spécialisée destinée aux immigrés russes auxquels elle faisait découvrir des lieux insolites de New York : lieux où avaient vécu des poètes, des écrivains, des musiciens, des jazzmen… autant de « curiosités » qui n’auraient jamais été capables de séduire un public occidental — dont la seule culture se réduisait souvent à ce qu’ils avaient vus dans les journaux ou à la télévision et qui, pour cette raison, avaient ce qu’elle appelait « l’esprit Disney » — mais qui, pour le public russe très cultivé et très littéraire, constituait de véritables attractions.

Dès la première nuit — toutefois après lui avoir laissé prendre une douche et l’avoir quelque peu restauré —, ils couchèrent ensemble. Et l’habitude s’installa. Ils n’éprouvaient pas de l’amour l’un pour l’autre, un peu d’affection peut-être, mais même cela n’est pas sûr, mais ils étaient tous les deux exilés, tous les deux produits d’une histoire en partie commune dont ils n’étaient pas encore délivrés : ils se rassuraient l’un l’autre et s’oubliaient ainsi dans des échanges érotiques compréhensifs. A défaut de passion, ils éprouvaient une certaine sympathie l’un pour l’autre et, bien qu’ils ne s’épanchent jamais dans quelque confidence que ce soit, trouvaient dans leur fusion physique comme une tranquillité qui les tranquillisait.

Bientôt Marc travaillait avec Natacha et, soit lui servait d’accompagnateur lorsque les groupes étaient nombreux soit, le plus souvent, parcourait la ville à la recherche de circuits originaux qu’elle proposait ensuite à ses clients.

Publié dans Natacha

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