Marc Hodges et Lettre-Néant.

Publié le par Balpe

Les lecteurs doivent juger seuls, sans être impressionnés : dans la poésie il y a cet instant un peu fêlé, où vous lisez exactement ce que vous pensez, où vous découvrez ce que vous êtes. C'est tout simplement d'une beauté indicible, on ne ressent ni peine ni souffrance, on est transporté dans un autre monde. Avec Lettre-Néant, Marc Hodges estime avoir atteint un sommet poétique. Il commence à faire fonctionner ce qu’il a défini, ce qui l’a défini. Il aime cette poésie froide, urbaine, rapide… cette obligation absolue de la vitesse et du rythme. Machine à coudre, parapluie et table de dissection : même stimulation érotique que la masturbation au moyen d'un aspirateur… Son récit, comme son histoire, est sans fondements, le hasard y joue un rôle majeur. Il racle les fonds de tiroir, s’en défait comme d’un vieux vêtement, comme si cloches et voix célestes venaient l'investir d'une mission divine. Il dit : « Si j'occupe une place parmi les hommes, c'est parce que j'écris »…

Il y a Sète parce qu’il y avait Sète et… Berlin, Ludovic parce qu’il y avait Ludwig et Nathalie parce qu’il y avait Nathalie et Uwe. S’il se débat avec des phrases codées et des textes cachés, s’il a recours aux codages bibliques, n’est qu’un retour à d’anciennes pratiques de ses clandestinités. Marc a souvent bien du mal à oublier Markus: il s'est simplement trompé de bouteille et bientôt renaît l'ivresse du noir et blanc. Il aurait pu aller beaucoup plus loin — l'idée de commettre les crimes les plus atroces pouvait alors venir à l'esprit des gens les plus honnêtes et, ce qui est pire, se réaliser — mais les rapports de force ont changé.. Il prend aujourd’hui les choses comme elles viennent : un squelette enseveli sous un monceau de livres et de journaux découvert dans une cache au sous-sol d'un pavillon ; la fin d'un rêve ou le début de la fortune pour la marchande de primeurs… Comme huit français sur dix il se regarde dans un miroir au moins une fois par jour. Cependant il sait aussi que, pour bien voir, il faut être aveugle, toutes les quatre à six secondes, à son aveuglement.

Publié dans Marc Hodges

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fcarruzzo 12/08/2005 11:22

bravo...c'est pour quand le détour au compte privé en Suisse ?ššš
sympa
cordialement ! Fde te suivre ainsi,