Pourquoi des phrases codées et comment ?

Publié le par Balpe

De sa période est-allemande, Marc a conservé le goût des codages.

Un soir de l’été 1978 où il y avait de l’orage, la chaleur était lourde, on ne respirait pas… Rien n’allait plus, Markus commençait à en avoir marre des pesanteurs socialistes, de la litanie déprimante des infos moroses. Seul dans sa chambre il ruminait sa colère. Il venait de recevoir un mot de son ami Sergio lui expliquant qu’il s’était engagé dans quelque chose de dangereux, qu'il ne voulait pas revenir en Italie parce qu'il avait peur… Nathalie était impossible à joindre, elle n’était pas dans sa chambre à la cité universitaire. Il ne savait pas où elle était allée, craignait qu’elle ne veuille plus le voir. Pourtant il n’y avait, chez lui, aucune animosité, aucun fatalisme non plus. Ludovic aime la nuit qui efface les laideurs inévitables de la vie. Il sortit. Alla à une soirée des étudiants de son université ; but — trop. Fuma aussi. Un peu de tout. Il dissimulait son ennui sous des bavardages inutiles.

Une étudiante l’aborda, il aurait rêvé que ce soit Nathalie, mais ce n’était que Uwe qui voulait lui montrer un jeu auquel elle s’entraînait avec d’autres étudiants : il s’agissait de déchiffrer des phrases codées. Soit on y va franchement, soit on s'abstient : Ludovic était désœuvré, il accepta le jeu. La solution était en fait des plus faciles : il s’agissait de retourner une phrase en supprimant tous les signes de ponctuation. Ainsi : « Je t'aimerais comme une chose impossible et abstraite » devenait « etiartsbateelbissopmiesohcenuemmosairemiatej », séquence dès lors difficile à saisir. L’intérêt du jeu aurait été des plus limité si Markus ne s’était pas aperçu que, bien que chaque phrase en soi ne signifiait rien de particulier, l’ensemble, pourvu qu’on en bouleversa l’ordre était une déclaration érotique non équivoque. Les êtres humains peuvent devenir de purs instruments de la volonté d'autrui, sans aucune capacité de résistance : bien que l'acte sexuel soit le plus épuisant de tous les actes vitaux et parce que le désir érotique était considéré comme le stigmate de la chute, le jeu devenait dès lors plus intéressant. Ils s’y livrèrent jusqu’à sa conclusion logique.

Publié dans Markus

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