Marc Hodges va à Venise

Publié le par Balpe

Souvenez-vous encore :

«Marc Hodges fut obligé de disparaître quelques jours. Du moins c’est ce qu’il nous dit quand il réapparut. Aucun de nous ne savait où il avait été. Gilberte, elle-même, ne fut pas avertie : un matin elle se retrouva seule dans la petite maison d’Avon que Marc avait quitté dans la nuit. Sur la table du petit-déjeuner, une enveloppe avec ces seuls mots : « je reviendrai… bientôt. ». Elle attendit un jour, puis deux… mais elle n’était pas habituée à une vie aussi spartiate et dès lors que l’amour, la violence du désir, ne lui faisaient plus oublier le cadre dans lequel elle vivait depuis quelques temps, elle ne supporta plus de rester seule.

Marc m’ayant fait souvent des confidences sur son passé militant — devant moi il en éprouvait une certaine fierté alors qu’il le cachait à la plupart des gens, j’étais l’oreille dont il avait besoin, son confident de théâtre — je me doutai aussitôt qu’il y avait là une difficulté dont il ne pouvait pas parler. «S’il te dit qu’il reviendra bientôt, c’est qu’il reviendra bientôt…» «Deux jours sans nouvelles…» Il y avait dans la voix de Gilberte un ton de reproche. Je hasardais «Ce n’est rien !» Elle répondit «C’est trop, je n’ai pas l’habitude qu’on me traite comme ça, je déménage.» «Où vas-tu ?» «Je retourne à l’Aigle noir». Le soir même elle y avait retrouvé sa suite.

Marc fut absent quinze jours. Quinze jours sans le moindre signe de vie. Gilberte oscillait sans cesse entre l’inquiétude et l’indignation. Elle connaissait peu de monde à Fontainebleau à qui se confier.»

J’ai appris plus tard, non par ses confidences — car à son retour nous étions fâchés — mais par les confidences d’amis dont j’aurai l’occasion de parler plus loin, qu’il avait été obligé d’aller à Venise. Comme je crois vous l’avoir déjà dit, quelques uns de ses anciens amis l’avaient retrouvé — rien ne s’oublie pour ceux qui s’efforcent de vivre dans l’ombre — et, avec une insistance à laquelle il n’est pas possible de s’opposer, lui avaient demandé un «service».

Publié dans Marc Hodges

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