Pourquoi Marc Hodges va à Venise

Publié le par Balpe

J’y viens… Marc Hodges avait laissé tomber un peu rapidement ses petits camarades, on ne quitte pas ainsi des groupes soudés dans la clandestinité, tout abandon y apparaît rapidement un peu suspect, le groupe ne peut s’empêcher d’y soupçonner de la trahison ou, pire peut-être, une condamnation morale : «je m’en vais parce que je ne suis plus d’accord avec vous, ni sur vos fins, ni sur vos moyens et que je sais que vous n’êtes pas capable d’entendre ce que j’aurais à vous dire.»

Dans le cas de Marc, ce n’était rien de tout ça. De la lassitude avant tout, il était fatigué de changer d’identité, de ne pouvoir se fixer nulle part, de ne pas avoir d’image publique. Il avait envie de vivre « comme tout le monde » et d’exister pour lui-même, envie de pouvoir assumer sa vocation d’écrivain sans avoir à surveiller ce qu’il pensait avoir à écrire. Ila avait envie de vivre avec quelqu’un sans lui cacher une part importante de ses activités… Bref la vie militante clandestine ne lui convenait plus. Et c’était tout.

Comme je vous l’ai déjà dit — du moins je le crois… mais vous pouvez vérifier par vous-mêmes — un de ses anciens camarades l’avait reconnu sur une photo parue dans la presse illustrant une critique sur son dernier roman, La Disparition du Général Proust. Il en avait aussitôt parlé à son groupe qui hésita entre plusieurs attitudes :

— le punir de les avoir abandonné sans leur demander l’autorisation (détruire sa voiture, mettre le feu à sa maison, le blesser ou même le supprimer…)
— le dénoncer à la police pour ses activités passées (une lettre anonyme avec quelques éléments probants auraient suffi…)
— l’ignorer et lui laisser vivre sa vie
— l’obliger à travailler à nouveau avec eux (un petit chantage aurait dû faire l’affaire…)
— utiliser sa nouvelle virginité

Après de longs débats internes, ils optèrent pour la dernière solution.

Publié dans Marc Hodges

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