Nathalie
Il faudrait tout le talent de Todd Haynes pour être à la hauteur de cette fiction et si possible la transcender car la fiction a cet avantage qu'en nous éloignant de la réalité elle nous en rapproche en même temps d'une autre manière: je n'étais sûrement pas assez intello pour Nathalie. Descendante d'aristocrates prussiens désargentés qui avaient une forte propension à vivre dans le passé - une enfance dont elle disait: "peut-être que je l'ai rêvée" - Nathalie devait, plus que toute autre étudiante faire, dans ce régime communiste, preuve de zèle; elle avait à bâtir un ailleurs où l'inconfort et l'inquiétude ne seraient pas clés de voûte. Aussi n'y avait-il jamais chez elle d'admiration béate et, contrairement à sa fragilité apparente, elle pouvait être très physique. Se découvrir physiquement pour savoir à qui elle avait à faire. Et si elle ne s'abandonnait jamais, lorsqu'elle se donnait, elle se donnait toute entière. La valeur d'une vie n'est pas égale... Ses valeurs de vie n'étaient jamais égales.
Dès que je l'ai connue, elle m'a attiré: j'ai longtemps préparé le hasard avant d'arriver à mes fins. Nos relations étaient souvent chaotiques, je ne pouvais jamais savoir si elle m'aimait ou me détestait. Comme si je tombais sans cesse de haut. Il y avait des moments, des sourires, une expression du corps différente - dont j'ai profité trop parcimonieusement - et d'autres de froideur prusienne. Il y a un juste prix aux choses, celui que j'ai payé pour Nathalie était fait d'hésitations et d'incertitudes.
La sécheresse persiste et va probablement s'aggraver; les probabilités de précipitations sont très faibles: on est évidemment inquiets. Je ne sais pas ce que nous réserve l'avenir. Si seulement il y avait un peu de paix. Je sais à peine de quoi se composait hier; je ne sais pas de quoi sera fait demain. Pour éviter de penser, je m'enferme dans le travail.