Uwe parle.
Le monde nous parle. Nous ne sommes pas sûrs de l'entendre ni de bien comprendre ce qu'il nous crie dans les oreilles. La guerre - chaude, froide ou larvée - est un mécanisme d'ajustement qui peut ramener l'équilibre politique et la paix. Le plus dur n'est pas de commencer mais de renoncer, il n'y a aucune raison de ne pas tenir compte de l'histoire même si Uwe espère qu'on ne recommencera pas les mêmes conneries. En 1977, l'hostilité était encore considérable, nous pensions avoir raison, eux pensaient qu'on avait tort. Les discours duraient plus de quatre heures, il n'y avait pas de raison qu'on n'aille pas au bout. Le temps a changé, les choses se sont enchaînées naturellement. On croise aujourd'hui d'ex-putchistes aux terrasses des cafés ou à la plage: Markus a d'abord été contrôlé par la Stasi, puis pris en main par elle. Nathalie n'était qu'un des agents chargés de sa surveillance rapprochée. Chaque fois qu'il croyait vivre une aventure sentimentale, il était sous contrôle: "Si un jour j'apprends le contraire, je n'irai pas me jeter d'une falaise. Je suis néanmoins désolé qu'il ait mis tellement de temps à s'en apercevoir."
La mère de Uwe, c'est d'abord sa mère; son passé politique ne l'intéresse plus. Ce qui lui importe est de trouver son père. Nathalie lui a livré quatre noms possibles: Markus, Ludwig, Eric et Thomas. Uwe a rapidement éliminé les deux derniers: Thomas, sous le nom de Rachid, a été tué dans une tentative de détournement d'avion en 1982, ce qui rendait une éventuelle paternité sans intérêt; Eric était mort du Sida en 1993, on ne savait même pas dans quel service il avait été hospitalisé. Même si elle pensait que, quels qu'ils soient tous les gens sont irremplaçables, ne restaient que les deux autres pour faire des pères acceptables.
Uwe décida de les rencontrer tous les deux.