Raconter "une" histoire
Je n’ai jamais été convaincu par la façon disons « moderne », pour aller vite, de concevoir la fiction : un début, une fin, entre les deux une suite massivement linéaires d’événements, dans le meilleur des cas quelques «incises et bifurcations». Je préfère, et de loin, celle antérieure qui consiste à mettre côte à côte de nombreuses versions parfois contradictoires comme dans la plupart des récits épiques de notre haut moyen-âge, ou à tourner autour comme dans la tradition orale… Non que je cherche une «vérité» quelconque de la fiction car, en ce domaine pas plus que dans de nombreux autres, la vérité n’est jamais une, ni que je cherche la forme la plus «efficace», celle qui permettrait de donner la meilleure force à une démonstration ou à une argumentation. Non, rien de tout cela, ce que je cherche dans mes récits multiples, fragmentaires qui se joignent, se recoupent, s’entrecroisent, se séparent, s’éloignent et, tout en même temps, se rapprochent n’est en rien de l’ordre pragmatique de la preuve ou de la justification.
Comme la plupart d’entre nous — y compris ceux qui s’imaginent le contraire — je n’ai rien à dire. Ce qui compte pour moi est uniquement dire, ne pas se taire. Je ne recherche pas l’éternité qui conserve indéfiniment l’identique justifié par l’intangibilité de l’esthétique ; bien au contraire — au risque assumé de la confusion, du bavardage, du déchet, du trop plein — je cherche l’infini, le mouvement incessant de la production, non la momification définitive de la conservation.
Dans le fantasme qui est le mien, celui de vivre le plus longtemps possible, ce qui m’intéresse et me fait agir c’est de ne jamais avoir à devoir me taire.
Comme la plupart d’entre nous — y compris ceux qui s’imaginent le contraire — je n’ai rien à dire. Ce qui compte pour moi est uniquement dire, ne pas se taire. Je ne recherche pas l’éternité qui conserve indéfiniment l’identique justifié par l’intangibilité de l’esthétique ; bien au contraire — au risque assumé de la confusion, du bavardage, du déchet, du trop plein — je cherche l’infini, le mouvement incessant de la production, non la momification définitive de la conservation.
Dans le fantasme qui est le mien, celui de vivre le plus longtemps possible, ce qui m’intéresse et me fait agir c’est de ne jamais avoir à devoir me taire.
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