Même si aujourd'hui il a une vie normale, ordinaire, fait la cuisine, ses courses... rien de spécial. Qui pouvait soupçonner un tel passé? Sa vie d'illusions et de faux-semblants l'a fait ce qu'il est, c'est un homme qui ne sait pas se regarder dans un miroir. Il triche tout le temps, plagie sans vergogne - comme l'a bien remarqué une lectrice qui dans un commentaire récent sur HyperFiction, signale une phrase empruntée à Eric Dahan. Ainsi le feuillet de Lettre-Néant, paru aujourd'hui 27 juillet n'est presque qu'un collage de sept phrases volées à Libération. "Travailler en étant sobre n'est pas une façon de travailler... Arrivez bourrés dès le matin, peut-être que ça irait mieux" vient de la page neuf de l'édition du 7 juillet. Rien de moins. Cet homme est capable de mentir avec un aplomb considérable. Impossible d'accepter ça. Ce qu'il nous raconte de lui-même n'est que la vision qu'il considère culturellement acceptable d'une réalité inacceptable.
Il fallait que ce soit dit, faire du passé un pur acte de présence. Il était temps.
Chacun a sa manière d'être plat en littérature: Marc Hodges est un écrivain médiocre. C'est entendu. N'y revenons pas. Mais s'il apprend qu'il n'est pas écrivain, peut-être qu'il irait se jeter d'une falaise. Au-delà des souffrances, le pire est l'humiliation. Ce choix est vraiment son affaire, il ne peut le partager avec personne d'autre. L'importance de la masturbation est ici révélée. Il sent qu'il est mal barré, mais n'a plus d'autre choix. Qu'il ait obtenu l'accord de Libération pour Lettre-Néant (un titre qui, en fait, lui ressemble: "l'être néant" ne serait-ce pas lui?) ne vient pas du tout, comme il le prétend, d'une demande du journal. Plus prosaïquement il a couché avec une fille dont la soeur connaissait quelqu'un de la rédaction qui, au bon moment, a su évoquer son nom. Rien d'autre.
Par Balpe
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La création ne peut se comprendre elle-même que si elle se confronte au monde et à l'histoire. Mais, pour le moment, aucune percée n'a ici encore été réalisée. L'histoire collective et l'histoire individuelle s'accouplent en noeud, comme les reptiles.
Uwe cherchait à démêler les corps: à cette fin, tous les moyens lui étaient bons. Quand les archives de la Stasi avaient été rachetées par les USA, elle n'avait pas hésité à en faire un sujet de recherche universitaire, devenu rapidement un jeu intellectuel. Uwe est une vraie cocotte-minute. Pour ne pas exploser, il faut qu'elle se purge par l'activité. Dépouiller des archives ne lui fait pas peur. C'est ainsi qu'elle avait trouvé les traces de ses quatre pères potentiels.
Après la chute du mur, Ludwig s'était assuré, grâce à un pays complaisant du Moyen-Orient, un train de vie confortable dû à sa réputation de "patron" d'un mouvement clandestin. Il recevait des subsides - et une protection officieuse - de divers états. Il se faisait alors appeler Ludovic Simmonot, passait plus ou moins clandestin, la plupart de son temps, dans la région de Dublin l'agitée qu'il ne quittait que rarement (plus on est âgé moins on bouge). Homme de peu de mots, il était très difficile à approcher. Mais Uwe était tenace. Aidée par des amis de sa mère, parmi lesquels un certain Gerhard, elle apprit l'amitié de ce Simmonot avec un certain Mac Bain, romancier américain. Dès lors, approcher son fils Kevin, lui était des plus facile: non seulement c'était possible, mais elle allait le faire; elle le fit. C'est ainsi que, une fois leur relation établie, elle parvint à le convaincre de faire un stage à l'INSEAD, école internationale qui a son siège à Fontainebleau où elle avait réussi à repérer Markus Pérignon, alias Marc Hodges.
Quelques grincheux et puristes me reprochent d'en faire un peu trop (d'autres, il est vari, pas assez...), pourtant je m'en tiens ici strictement aux faits: de quoi faire taire les cabales du parterre et les écrivains démagogues qui font toujours recette facile. Tout le monde souhaiterait surtout se débarrasser de cette histoire au plus vite: je ne vous demande que de tenir cinq minutes maximum par jour.
Par Balpe
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De ce que je dis de Marc Hodges, je ne peux garantir la totalité. Tout se mélange un peu dans ma mémoire… souvenirs réels et souvenirs imaginés, souvenirs personnels et souvenirs rapportés par d’autres. J’ai fréquenté longtemps Marc Pérignon, avant même qu’il ne devienne Marc Hodges et ne se consacre à l’écriture. je l’ai rencontré à Sète en 1982, il avait 28 ans, revenait de RDA, faisait comme moi de petits boulots. Nous fréquentions un peu les mêmes milieux : chômeurs, artistes, marginaux de toutes sortes… qui se retrouvaient dans un café-bar où se cultivait avec nostalgie le souvenir de Boby Lapointe disparu pourtant depuis déjà dix ans. En fait notre amitié date d’un événement un peu fou. Il existait alors à Sète une petite revue de poésie ronéotypée par des amateurs sur les machines du Parti Communiste : Hôtel Continental. Marc et moi, nous y avions d’abord donné quelques « poèmes » puis nous avions participé à sa fabrication et nous avions répidement été intégré dans ce qui s’appelait pompeusement le « comité de rédaction ». Un jour nous avions reçu quelques textes d’un nommé François Vermoulens qui nous avaient semblé sans aucun intérêt. Ce que nous lui avions écrit, lui signalant notamment nombre de fautes que, par pudeur, nous avions appelé « de frappe ».
En retour nous avons reçu cette lettre que j’ai conservée comme morceau d’anthologie : « C'est drole tout ça… Faute de Frappe, y'a pa'd'caractere, avis a la leunesss : po abuseer dzes champis ! Tu manques de caractére, laisse nous faire on a not'cararctére on est abitué a vous chié a vos gueles de blairaeux, tant pis, on continuera ! On va faire peter l'audimat pour la derniere ! Si c'est El Juli qui me me fait une belle passe de poitrine, je bande… Castella aussi ..un peu !… Mais bien !… C'est purement personnel....sorry. Fait y gaffes... c'est miné de l'interieur... Dire qu'il fut un temps ou ces paroles éytait.
Et si je vous disais que je viens de mem mettre l"e doigt dans le cul ? Pas plus hein ! normal je viens de le ressortire, et Olivia me mattes en riant ! c'est vraiment une salope Olivia ! Refais-le moi, j'adore, vise mon cul, mais je voir la queue… c moi qui fait b peter. toi tu fermes ta geule… avp/mqtuarev… poupoule… ferme bien les oreilles… Inch'allah ! Même les Unrocks en voudrait ! Élements complementaires: connards,bites, f chié tant bde complaisance est-il réelement possible ? Vous chier les ga… Et si tu rentrais faire tes devoirs? Hein gamin ! BBBBBBonne rentree ! bande de fadas. »
L’histoire aurait pu s’arrêter là… Ce ne fut pas le cas.
Par Balpe
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Chaque jour, pendant un mois, nous avons reçu des lettres du même acabit.
Bien que n’ignorant rien de la folie qui peut s’emparer de l’écrivain atteint dans ce qu’il considère être son être le plus profond, son écriture, nous ne savions trop qu’en penser. Ne pas répondre ? Mais jusqu’à quand ce harcèlement idiot aller durer ? Répondre au risque de renforcer la hargne maladive de ce poète blessé ? Les lettres devenaient de plus en plus obscènes, s’en prenaient nominativement à l’un ou l’autre d’entre nous…
Je ne me souviens plus qui proposa de publier la dernière, sans commentaire, mais signée. En voici la fin: « j’m’branle… branle… bande de bites flappies, impuisants… jouir, saurez pas jouir come moi. Je vous enkule au soleil, sur terre, sur mère, sur la plage et j’éjakule solaire dans vos yeux de poison krevés. »
Le Poète nous lisait. Sa réaction ne se fit pas attendre : le lendemain de la parution, les fenêtres de l’adresse où nous domicilions notre revue, celle d’un d’entre nous, fut pendant la nuit, criblée de chevrotines. Pas de dégâts sérieux. Le lendemain, même attaque. Le surlendemain, un gros pétard ébranlait le couloir à quatre heures du matin… Ça ne pouvait pas durer.
Par Balpe
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Les gens se révèlent dans de petites choses : jusque là j’avais considéré Marc Pérignon comme un être gentil, assez intelligent mais plutôt timoré et — pourquoi ne pas le dire — assez insignifiant. Il semblait toujours en retrait comme s’il ne voulait rien révéler de lui et, même dans les réunions de cellule, sa participation était des plus discrètes — il est vrai aussi qu’à cette époque toute participation dans ce cadre ne relevait que de l’illusion le « centralisme démocratique » ayant tout décidé par avance. Bref… par son action, il surprit les cinq membres du « comité de rédaction » d’Hôtel Continental.
En effet, il ne nous dit rien et, comme un vieux routard de l’espionnage ou de la clandestinité, décida d’agir seul, se mit en planque devant l’immeuble qu’agressait le poète blessé. Pourtant ce n’était pas chose facile car la Rue Rapide où celui-ci était situé étant longue, étroite et rès pentue il était impossible d’y demeurer invisible. Il nous expliqua par la suite qu’il avait soudoyé — la camaraderie politique… et quelques pastis… avaient suffi — un vieux marin retraité occupant d’un minuscule logement au rez-de-chaussée de la petite maison d’en face puis l’avait convaincu d’accepter, pour quelques nuits, l’échange de leurs deux logements. Il avait alors préparé sa planque avec minutie, installant un fauteuil confortable derrière la fenêtre, persiennes à peine entrebâillées, lumière éteinte, cafetière pleine à portée de main… Puis il avait tendu son piège.
Par Balpe
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Le piège était simple. Marc n’avait pas eu de mal, dans cette ville portuaire, dans cette rue populaire, à trouver deux dockers habitant — où pouvant se faire héberger — à ses extrémités. Aussi, lorsque à 3 heures 33 exactement, il vit apparaître un homme vêtu d’un bleu de travail, portant un seau de peinture rouge, se mettre à peindre « SALO » sur la façade de l’immeuble, en lettres de 50 centimètres, il lui suffit de composer au téléphone, sur deux numéros, un signal convenu pour qu’aussitôt deux silhouettes au gabarit impressionnant sortent en courant de maisons distantes convergeant vers le vandale. Il aurait dû passer un sale quart d’heure !
Bizarrement Marc arrêta ses hommes de main : « Ne le frappez pas ! ».
L’homme, plutôt gringalet, visage chafouin, regard exorbité, avait jeté son pinceau et s’était adossé à une porte cochère. Craignant ce qui l’attendait, il tremblait, la peur imprégnait ses vêtements d’une odeur de sueur acide. Il s’attendait au pire. Ludovic s’approcha : « Les gars, vous avez vu qui c’est ? ». Les deux hommes, prêts à tout, mais devant l’attitude vaincue de leur adversaire, baissant cependant un peu la garde, s’approchèrent. L’un dit : « C’est Ludo ! » C’était en effet Ludo, un marginal, sans ressources légales, qui traînait sur les quais, s’arrangeant pour faire de temps en temps de petits boulots ou aider à «faire tomber la marchandise du cargo» (mode de récupération que Marc préférait désigner par l’expression «Réappropriation populaire des produits de l’exploitation capitaliste»). Sa réputation était déplorable, non parce qu’il se livrait ainsi à toutes sortes de petites malversations — situation assez répandue lorsque la misère oblige à survivre et qui dans leur milieu rencontrait une certaine compréhension — mais parce qu’un jour de 1981, il avait accepté de travailler comme jaune lors d’une grève des dockers. Autant dire que, si Marc ne les avait pas retenus, ceux-ci se seraient fait un grand plaisir de le lui rappeler.
Marc fit un signe, les dockers s’emparèrent de Ludo, le bâillonnèrent, le traînèrent dans une cave du quartier.
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J'imagine Marc : il est à New-york, vient de débarquer d'un cargo chilien — ou argentin —, il s'appelle maintenant Marc Hodges — du moins c'est ce que disent ses papiers —, il ne connaît personne. Le monde dans lequel il est n"est pas celui dans lequel il vit : l'esprit encore plongé dans le passé récent, il n'a aucune idée de son avenir. Il vient tout juste de sortir d'une période difficile, trouble, noire dans laquelle il s'est laissé entraîner par les événements. Confronté à la pragmatique de l'action où la boue entrave la marche, où elle s'épuise, où la mort, la douleur ont des couleurs vives et une odeur forte, où la fidélité, la trahison pèsent leur poids de chair et de souffrance, il a, d'une certaine façon, perdu la forme de pureté où se ressourçait la naïveté de ses engagements politiques. Comme paralysé, il est sur une crête ignorant où aller. Ignorant, redoutant les possibles comme les dangers que lui réservent chaque versant, il n'ose faire un pas et pourtant il lui faut aller. N'ayant que trés peu d'argent, il passe sa première nuit dans une église. Aucune religiosité dans ce choix, l'église n'est pour lui rien d'autre qu'un lieu irréel, improbable, un moment de neutralisation de son vécu, une forme de régression, un hors-monde : pelotonné sur un banc, il s'y réfugie comme un fœtus dans le ventre maternel. Demain sera demain, un jour, un autre jour. Pour l'instant il ne veut qu'essayer de se reconstruire.
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Marc avait rompu tout contact avec Natacha. Il ne s’occupait plus des touristes russes. Il avait changé d’adresse. Ce qu’il voulait désormais, c’était disparaître. Plus il y pensait, plus il se disait que sa vie, toute sa vie, n’avait été qu’une vaste fumisterie dans laquelle il s’était enfermé lui-même. Idées généreuses, grands sentiments : il voulait sauver le monde, il travaillait pour l’avenir du peuple et son bonheur… Mais le peuple s’en foutait, ne lui demandait rien, ne voulait même pas de ce bonheur qu’il lui proposait. Le peuple ne voulait que du pain et des jeux. Rien n’avait changé depuis l’origine des civilisations urbaines et Marc (Markus, Marco…) était à contretemps qui essayait de rendre les gens heureux contre leurs désirs mêmes. Il leur proposait l’égalité ; ils ne rêvaient que d’être les plus (beaux, forts, riches…). Il leur proposait l’intelligence ; ils ne rêvaient que distractions stupides : canulars et télévision. Il leur proposait la matérialité de l’existence ; ils ne rêvaient que mirages, dieux, déesses et petites divinités. Il leur proposait la raison ; ils ne rêvaient que hasard, chance, magie… Rien ne marchait comme il aurait voulu et maintenant il en avait assez. Assez de s’illusionner, d’essayer de croire qu’il vivait pour une cause supérieure. Il se trouvait nu, sale mais nu, vide et nu. Il lui fallait se reconstruire. Il décida de partir.
Et pour cela il choisit la Lozère. Il prit un train pour Alès, un bus pour Mende mais en chemin il s’arrêta à Florac, parce que le nom lui plaisait, parce que c’était une toute petite ville, parce qu’il n’y connaissait personne et ne connaissait personne qui en soit originaire, parce qu’il n’en avait jamais entendu parler. Il choisit un hôtel minable : sa fenêtre donnait sur l’esplanade Marceau Farette. Il s’y installa quelques jours.
Par Balpe
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