Comment j'ai connu Marc Hodges…

Publié le par Balpe

Parce que la vie et sa mémoire ne sont jamais linéaires, ses récits sont faits de parenthèses, d’errements et de bifurcations. Un fait n’a de sens que par rapport à un ensemble d’autres faits qui s’y rapportent ou le rappellent. Une anecdote, un événement sont incompréhensibles si ne sont pas rapportés leurs contextes: dès qu’un individu essaie de tirer un fil d’une mémoire, il s’aperçoit que ce fil est emmêlé dans un enchevêtrement d’autres fils appartenant eux-mêmes  à des pelotes. Toute vie est indémêlable. Ainsi la plupart des récits, dans leur souci de linéarité, rompent ces fils et si les histoires en deviennent simples, elles n’ont, avec les vérités humaines et psychologiques, qu’un rapport très lointain. Peut-être d’ailleurs est-ce cette fausse simplicité rassurante qui fait le succès du roman : chaque lecteur peut ainsi croire que la vie répond à des chaînes de causalité appréhendables. Il n’en est rien…

Ma rencontre avec Marc Hodges n’a jamais eu de cause précise et rien dans nos vies ne nous y prédisposait. J’étais invité à un salon du livre minable comme il y en a tant, prétexte à la démonstration de l’intérêt pour la culture de tel ou tel petit notable de province,— Manosque, Avon ou Montbéliard, cette précision géographique n’a aucune importance —, il y était lui aussi invité ; nous occupions des stands voisins, les lecteurs étaient aussi rares pour l’un que pour l’autre : nous nous ennuyions ferme… Est-il besoin de quoi que ce soit d’autre pour que s’établisse une rencontre : repas commun, café, soirée arrosée, échange d’adresse… Au bout de vingt-quatre heures nous étions des amis.

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