Marc à New-York

Publié le par Balpe

J'imagine Marc : il est à  New-york, vient de débarquer d'un cargo chilien — ou argentin —, il s'appelle maintenant Marc Hodges — du moins c'est ce que disent ses papiers —, il ne connaît personne. Le monde dans lequel il est n"est pas celui dans lequel il vit : l'esprit encore plongé dans le passé récent, il n'a aucune idée de son avenir. Il vient tout juste de sortir d'une période difficile, trouble, noire dans laquelle il s'est laissé entraîner par les événements. Confronté à  la pragmatique de l'action où la boue entrave la marche, où elle s'épuise, où la mort, la douleur ont des couleurs vives et une odeur forte, où la fidélité, la trahison pèsent leur poids de chair et de souffrance, il a, d'une certaine façon, perdu la forme de pureté où se ressourçait la naïveté de ses engagements politiques. Comme paralysé, il est sur une crête ignorant où aller. Ignorant, redoutant les possibles comme les dangers que lui réservent chaque versant, il n'ose faire un pas et pourtant il lui faut aller. N'ayant que trés peu d'argent, il passe sa première nuit dans une église. Aucune religiosité dans ce choix, l'église n'est pour lui rien d'autre qu'un lieu irréel, improbable, un moment de neutralisation de son vécu, une forme de régression, un hors-monde : pelotonné sur un banc, il s'y réfugie comme un fœtus dans le ventre maternel. Demain sera demain, un jour, un autre jour. Pour l'instant il ne veut qu'essayer de se reconstruire.

Publié dans Marc Hodges

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