Rappel d'un incident dans la vie de Marc Hodges

Publié le par Balpe

A l'ére soviétique, le parti surveillait attentivement les mœurs, une aventure extraconjugale pouvait créer des ennuis divers, amener à être traduit devant un comité d'éthique du parti (officiellement, «Il n'y avait pas de sexe en RDA»), mais plus il y a d'interdits, plus cela ouvre de possibilités d'excitation : Markus n’était pas prudent qui multipliait les aventures même s’il s’efforçait de les maintenir secrète «Si je ne les avais pas contrôées, la situation aurait vraiment dégénéré».

Tout se savait à Berlin, l'inquiétude occupait beaucoup Markus qui finit par penser qu’il était menacé. Il me raconta ainsi que, en septembre 1978, il avait eu un accident, «un con a voulu me tuer ! Je viens d’être renversé par une bagnole. Je marchais, tranquille, à la sortie de l’Université, sur Unter den Linden, une Trabant, quitte son stationnement; me fonce dessus. Délibérément. Elle m’attendait, j’en suis sûr. Je ne peux pas le croire, je ne peux pas le croire. Depuis quelques jours les merdes se multiplient, une perte majeure de qualité de vie.»

La dernière version possible de cette histoire n'a jamais été donnée par personne, tout au moins jamais publiée mais je n’étais pas très intéressée par le sujet car je soupçonnais Marc de délire romanesque. Je plaisantais : «Ça arrive tout le temps… comme les blessures, lors de masturbation, dues aux aspirateurs.… Il faut comprendre — peut-être mieux — le monde comme il va, comme il pourrait aller mieux ; nous ne dominons jamais les événements, ils sont plus forts que nous.» Marc continua : «Qu'en déduire? Je me sentais honteux, minable. Franchement, ça ne tournait pas rond. Je pensais que ça commencer à bien faire, trop c’était trop ! Il fallait réagir… En attendant il ne me restait plus qu'à éviter les accidents. Ça me surprit d'être pourtant calme. Mais il ne fallait pas que ça me calme. Même si je l’avais voulu, je ne l’aurais pas pu. »


L'être humain est absolument antinomique de l'immobilité, pourtant Marc a une forte tendance à rester immobile, il avala son café du matin, n’insista pas. Je me dis : «chacun ses merdes… On veut mettre de l'ordre ou du décor dans le chaos, ça ne marche pas, on oublie trop les qualités des espaces.»

 

Publié dans Nathalie

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