Ludovic Poirier

Publié le par Balpe

Les écrivains s’arrangent avec les oublis et mensonges de leur mémoire : l’information, l’histoire, la vérité!… Marc Hodges ou — Marc Pérignon — n’agit pas autrement, le monde est un répertoire d’informations qu’il combine à sa convenance, non qu’il ait quoi que ce soit à démontrer ; plus simplement parce qu’il croit que ses arrangements sont la vérité ou parce que sa vérité a besoin de ces arrangements. Je n’ignore pas qu’il aurait souhaité que cet épisode soit effacé à jamais de sa biographie. Mais il me révélât tant sur sa personnalité profonde que je ne peux pas ne pas le rapporter ici.

Dès que Ludo — de son vrai nom Ludovic Poirier — fut enfermé dans la cave, Marc demanda à rester seul avec lui et commença à discuter : il s’était en effet persuadé que quelqu’un qui s’intéressait à la poésie ne pouvait pas être totalement de droite. Il y passerait le temps qu’il faudrait mais il était sûr de parvenir à le convaincre de son erreur. En fait Ludovic n’avait pas vraiment d’opinion ; il agissait par impulsion plus que par conviction : s’il avait fait partie des briseurs de grève, c’est qu’il avait rencontré dans un bar quelqu’un qui l’avait entraîné ; s’il s’en était pris violemment au siège d’Hôtel Continental c’est parce qu’il avait été profondément blessé dans son ego… Rien de plus. Il était ainsi, vivait au jour le jour, se comportait en fonction de rencontres de dernière minute, n’avait aucune vision de son avenir, et comme ses connaissances, sa culture, étaient des plus élémentaires, se laissait entraîner par celui qui parlait le dernier…

Marc parlait bien. L’habitude des longs débats à l’Université Humboldt ou au sein des divers groupuscules militants qu’il avait fréquenté, avait fait de lui, qui s’était doté d’une grande culture philosophique, un excellent argumentateur. Il ne mit que deux ou trois jours à séduire Ludovic. Puis à le convaincre.

 

Publié dans Lettre-Néant

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