Ludo

Publié le par Balpe

Le piège était simple. Marc n’avait  pas eu de mal, dans cette ville portuaire, dans cette rue populaire, à trouver deux dockers habitant — où pouvant se faire héberger — à ses extrémités. Aussi, lorsque à 3 heures 33 exactement, il vit apparaître un homme vêtu d’un bleu de travail, portant un seau de peinture rouge, se mettre à peindre « SALO » sur la façade de l’immeuble, en lettres de 50 centimètres, il lui suffit de composer au téléphone, sur deux numéros, un signal convenu pour qu’aussitôt deux silhouettes au gabarit impressionnant sortent en courant de maisons distantes convergeant vers le vandale. Il aurait dû passer un sale quart d’heure !

Bizarrement Marc arrêta ses hommes de main : « Ne le frappez pas ! ».

L’homme, plutôt gringalet, visage chafouin, regard exorbité, avait jeté son pinceau et s’était adossé à une porte cochère. Craignant ce qui l’attendait, il tremblait, la peur imprégnait ses vêtements d’une odeur de sueur acide. Il s’attendait au pire. Ludovic s’approcha : « Les gars, vous avez vu qui c’est ? ». Les deux hommes, prêts à tout, mais devant l’attitude vaincue de leur adversaire, baissant cependant un peu la garde, s’approchèrent. L’un dit : « C’est Ludo ! » C’était en effet Ludo, un marginal, sans ressources légales, qui traînait sur les quais, s’arrangeant pour faire de temps en temps de petits boulots ou aider à «faire tomber la marchandise du cargo» (mode de récupération que Marc préférait désigner par l’expression «Réappropriation populaire des produits de l’exploitation capitaliste»). Sa réputation était déplorable, non parce qu’il se livrait ainsi à toutes sortes de petites malversations — situation assez répandue lorsque la misère oblige à survivre et qui dans leur milieu rencontrait une certaine compréhension — mais parce qu’un jour de 1981, il avait accepté de travailler comme jaune lors d’une grève des dockers. Autant dire que
, si Marc ne les avait pas retenus, ceux-ci se seraient fait un grand plaisir de le lui rappeler.

Marc fit un signe, les dockers s’emparèrent de Ludo, le bâillonnèrent, le traînèrent dans une cave du quartier.

 

Publié dans Marc Hodges

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