Tendresse

Publié le par Balpe

Marc Pérignon n’avait pas de problèmes avec les femmes, jeunes ou moins jeunes. Fin, allure sportive — bien que n’en pratiquant aucun — visage à la Alain Delon dans Plein Soleil (bouche un peu moins grande), sourire magnétique, il virevoltait de l’une à l’autre avec l’aisance d’une abeille butineuse. Mais bien qu’encombrée de sexes et de jeunes femmes, la vie de Marc Pérignon — alias marc Hodges, Markus, Marc Balma, Marc Débia, Marco Dolbo…— qui ne réussissait jamais à établir une relation stable, a été un désert affectif. Aussitôt consommées, les femmes se refermaient le rejetant dans la catégorie des insectes de passage.

C’est d’ailleurs lui qui en parle le mieux, dans l’inimitable ton pleurnichard qui est celui des écrits de Marc Hodges, notamment celui du journal encore inédit — mais que je me déciderai peut-être à mettre un jour en ligne — qui fournit la matière de cette narration : « Je n’ai jamais su construire de relation amoureuse solide avec aucune des femmes qui m’ont attirées, que j’ai attirées, avec lesquelles j’ai connu des heures, parfois des jours d’exaltation sexuelle… Il est plus normal d'avoir un amant que de s'équiper d'un vibromasseur : toute ma vie on m'a collé des étiquettes… J’ai fait l’amour, souvent, plutôt bien je crois (du moins c’est ce qu’on me disait ou me laissait entendre), il y a des questions que l'on se pose rarement le matin en ouvrant les yeux auprès d’une inconnue. Mais ces femmes sont silencieuses, sans mémoire, ce n'est pas suffisant : je ne me suis jamais senti pleinement satisfait ; « tendresse » est un mot déplaisant… Il y avait en moi un vide, un manque, une fêlure, un espace à combler. Il y a quelque chose, je ne sais pas vraiment quoi, qui m’a toujours manqué. Aujourd’hui, avec le recul de l’âge, je pense que si j’ai su faire l’amour (il n'y a plus pour moi aucun mystère dans la découverte d'un sexe de femme), je n’ai jamais su aimer. Est-ce que je connais le secret de changer la vie? Il est trop tard, je mourrai seul entouré de pleureuses. »

Peut-être est-ce pour cela que son œuvre la plus connue est ses « poèmes érotiques », curiosités littéraires produites par un générateur automatique de textes littéraires présenté sous le pseudonyme de Marc Débia.

Publié dans Marc Pérignon

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