Un enlèvement

Publié le par Balpe

A l’insu de tous les polices du monde, Sète fut un carrefour d’activités clandestines.
Le 17 décembre 1981, le général J.M. Rosier, un des responsables de l’OTAN pour l’Italie, fut pris en otage par le PGPM en Vénétie. Durant 40 jours, il fut otage changeant plusieurs fois de lieu de réclusion : «Aujourd'hui, je suis le mieux placé pour décrire le calvaire subi par les otages », déclara-t-il après sa découverte et sa « libération » (il avait en fait été relâché volontairement dans un petit village côtier d’Italie après que plusieurs brigadiste se soient « évadé » de prisons italiennes). Selon lui, sa vie n'avait plusieurs fois tenu qu'à un fil. Loin de bénéficier d'un quelconque traitement de faveur en tant qu'étranger, J.M.R. aurait subi des violences qu'il évoqua avec pudeur : «Les trois premières nuits, nous n'avons pas cessé de circuler. On m’avait bandé les yeux, retiré mes chaussures pour m’empêcher de fuir, j’ai été privé d'eau et de nourriture.» Il raconta s'être jeté à même le sol de ciment de sa cache pour lécher l'eau d’une flaque. Il aurait subi plusieurs simulacres d'exécution :. «Un jour, j'ai senti le goût amer d'un pistolet dans la bouche.» Pour être «mis en condition », avant chaque contact téléphonique avec la police italienne, il aurait été fouetté. Ses geôliers avaient rapidement engagé des négociations avec le gouvernement italien. «Je ne cessais de leur dire qu'ils commettaient une grave erreur qui allait se retourner contre eux en m'enlevant, que je n’étais là que pour protéger la liberté du monde...»
Cet épisode fut certainement un des plus dramatiques de la vie de Marc Balma. Comme s’il comprenait certaines choses miraculeusement, il eut l’impression d’accéder à un nouveau degré de connaissance des relations humaines : il était en effet bien placé pour savoir combien ce témoignage était affabulateur — car on ne peut réellement parler ni d'aveux ni de mensonge. Une fois enlevé, J.M.R. fut en fait emmené rapidement à Gênes, puis embarqué dans un yacht appartenant à un sympathisant du mouvement qui vint ensuite mouiller dans le port de Sète. Chargé des contacts avec les membres de l’équipage qui ne pouvaient utiliser leur radio à cette fin de peur que leurs conversations ne soient interceptées — la base de leur « métier » était la discrétion — il s’occupa de l’essentiel de la logistique. Il pouvait ainsi témoigner de la courtoisie et de l’humanité des conditions de réclusion de l’otage enfermé dans une cabine tout à fait confortable.
A son retour à la liberté, l'homme pouvait continuer à préférer sa poupée à sa femme, ses affirmations mensongères renforcèrent Marc dans sa détermination à participer à la lutte : se montrer humain ne changeait en rien la détermination cruelle et l’hypocrisie de leurs adversaires.

Publié dans Marc Balma

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