Invitation au roman

Publié le par Balpe



Un roman doit être monté comme une opération militaire. C’est ainsi du moins que je conçois Lettre-Néant, d’autant que la contrainte d’un feuillet par jour imposée par Mathieu Lindon est assez redoutable. Les contraintes que je me suis données ne sont pas simples. Ainsi je ne laisse rien au hasard. J’ai longuement calculé tous les noms, les lieux, les épisodes, la structure. Pourtant je préfèrerais qu’aucun lecteur ne s’en aperçoive. Bien que, à cause de sa brièveté, je risque la sécheresse, il faudrait qu’il ait le rythme et la force d’un feuilleton. Avec davantage d’espace, je pourrais développer les personnages, créer une atmosphère plus dense, multiplier les intrigues… Difficile dans les conditions qui sont les miennes : 52500 signes ne constituent guère qu’une nouvelle d’une vingtaine de pages. Même si je n’ai plus le choix, je verrai bien

Le temps est revenu au beau. J’ai rappelé Uwe pour l’inviter à manger avec moi. Elle a accepté, dit que Kevin devait repartir pour une semaine à Londres. Elle a ajouté : « j’aimerais bien que vous me fassiez connaître un petit restaurant de campagne dans les environs ». J’ai bien sûr compris qu’elle ne tenait pas à venir manger chez moi. Je n’ai pu que trouver l’idée excellente. Elle loge à « l’hôtel des chasses ». Je lui ai dit que je passerai la prendre vers vingt heures. J’ai quelques solutions pittoresques si le temps se maintient : une île sur la Seine, une auberge rustique dans une clairière de la forêt, une terrasse au bord du Loing, une péniche-restaurant.

De toutes façons mes moyens ne me permettant pas de choisir le luxe : le pittoresque devra compenser la qualité des plats.

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