Fumer, ne pas fumer…

Publié le par Balpe

Pour abolir la mode d'une époque révolue, on a retiré la cigarette des mains de Sartre et de Malraux sur des photographies. Autour de moi, tous arrêtent, je suis le dernier Mohican de la cigarette. Sans doute est-il préférable de faire comme tout le monde. Comment extraire encore une cigarette de son paquet quand il est écrit sur l'emballage : «fumer tue ?» Pourtant l'idée d'une survie n’a rien de réjouissant, les impératifs sanitaires se traduisent toujours par des restrictions des plaisirs de vivre. C’est décidé : «Le premier jour de mes vacances, j'arrête de fumer».

La cigarette au bord des lèvres, je devrais me détester : ce n'est pas l'horreur du goût du tabac que je devrais avoir, mais la honte de moi-même. Et cette honte suppose que toute la période de la vie durant laquelle j'ai fumé devienne le cauchemar de mon existence. Ce n'est pas la peine de me rebattre les oreilles avec des menaces quant à mon avenir compromis. On fume souvent une cigarette pour calmer le stress, mais on fume aussi pour fêter une victoire sur l'angoisse. La liberté n'est pas le contraire de la dépendance. Fumer peut apparaître comme une pratique autoérotique. Une sorte de repli sur soi-même. Les manières de s'arrêter, l'usage de substituts sont révélateurs d'une oralité inconvenante puisque rendue publique. Cette obscénité du fumeur fait l'objet d'un opprobre. S'arrêter de fumer pour répondre à la seule opportunité des conventions, sans chercher la moindre motivation, parce que respirer à pleins poumons est dans l'air du temps. 

Publié dans Appartés

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Un ami… 01/07/2005 09:29

T'es pas gêné de recopier les écrits d’un autre, ce texte est totalement emprunté à Henri-Pierre Jeudy qui l’a publié dans la rubrique "Rebonds" de "Libération" du 29/06/05 sous le titre « Pourquoi arrêter de fumer ? » Faut quand même que les choses soient dites !…