Troisième rencontre

Publié le par Balpe

Pas de Libération aujourd’hui. Aucun revendeur ne peut dire pourquoi. J’étais en train de boire mon café lorsque la fille de Nathalie est apparue. Apparition magique, elle avançait vers moi dans le soleil, auréolée de sa chevelure blonde. Si on me l’avait demandé, j’aurais affirmé que sa vue m’était indifférente, peut-être même qu’elle m’ennuyait mais, au fond de moi, je savais bien qu’il n’en était rien, que j’étais heureux de la revoir. Pourtant il n’y avait que trois jours que nous nous étions rencontrés pour la troisième fois (mais la première, cette filature étrange dans le parc, était-ce vraiment une rencontre ?) et nous n’avions échangé que quelques mots ordinaires.

Depuis, je n’avais cessé de reconstruire mes souvenirs de Nathalie, première rencontre dans le hall de l’Université Humboldt, premier échange de regards sur Unter den Linden, très vite le premier baiser, la première baise. L’époque et Nathalie étaient sans complexes ce qui, facilitant les choses, permettait d’éviter bien des préliminaires. Elle étudiait le français, moi l’allemand. Elle envisageait de passer quelques mois à Paris tout comme je m’étais, pour des raisons symétriques, installé pour deux ans à Berlin. Nous avions tout pour nous plaire, notre approche non-sentimentale, «naturaliste» du sexe était une facilitation supplémentaire.

Sans rien me demander, vingt-six ans après, sa fille s’installa à ma table avec le même naturel, le même calme, que sa mère, dès notre première sortie affirmant : «J’ai prêté pour deux jours ma chambre à une copine, je viens coucher chez toi.» Sa bonne maîtrise du français, ne permettait pas de croire à une maladresse expressive.

Publié dans Nathalie

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