Le mensonge

Publié le par Balpe

Page 22 de Libération d’aujourd’hui. Je lis : «Quand on est prisonnier de son mensonge, on ne peut plus faire marche arrière», quoi de plus juste pour décrire la situation du romancier ?

Faire marche arrière… une fois enclenchée la dynamique propre à la fiction, le romancier est celui qui se condamne à faire marche avant : tout dans son récit doit tendre vers un but que bien souvent il ignore mais qui émergera lentement des multiples petites étapes qui le poussent en avant. Il s’enferme ainsi lentement dans ses mensonges qui, pour que son récit soit recevable, doivent être pour lui aussi réels que ce réel dont on ne cesse d’ailleurs de s’apercevoir qu’il est illogique, incroyable et inépuisable. Le romancier ne peut plus faire marche arrière parce que non seulement la logique de la fiction le pousse inexorablement vers l’avant mais parce que, abusé par les multiples ruses et faux semblants de la réalité, son mensonge lui semble au moins aussi vrai qu’elle.

Depuis que j’ai pensé avoir été suivi dans le parc par une jeune femme, cette vague impression s’est construite en fiction qui m’obsède et, d’heure en heure, de jour en jour, me semble de plus en plus vraisemblable : l’image de celui que je vois dans la glace, cette information de moi-même, n’est pas l’image vraie de celui que je suis et pourtant c’est cette image qui, un temps, se construit comme la vérité. Le romancier n’est pas prisonnier de son mensonge, il est mensonge pour lui-même essayant de paraître vrai pour autrui. Toute écriture ainsi est jeu de présence/absence.




Publié dans Lettre-Néant

Commenter cet article

JPB 01/07/2005 17:07

Pourquoi voulez-vous que les textes soient fixes alors que tout change sans fin ?

BG 01/07/2005 17:05

Comment se fait-il que cette page ait changé ? Je l’ai téléchargée le 22 juin et le texte n’est pas tout à fait le même. Comment vous lire si vous changez sans cesse ?