Une rencontre

Publié le par Balpe


J’ai revu la jeune femme qui me suivait dans le parc. Je suis certain que c’est elle. Je ne l’avais pas regardée alors bien longtemps mais suffisamment pourtant pour la reconnaître. Elle était ce matin assise au soleil à la terrasse de mon café favori. Elle m’a regardé avec insistance. Je l’ai regardée un peu mais je n’ai pas osé insister. J’ai hésité à m’installer à mon tour devant une table : timidité naturelle. Peur maladive d’être déçu. Je n’ai jamais été très fort pour la drague et ce n’est pas à cinquante deux ans que les choses vont s’arranger. Mais, après tout, ce café est celui où je viens presque tous les jours alors… Je me suis assis à la seule table encore libre, presque à côté de la sienne. Elle m’a souri. Je lui ai souri aussi. «Vous ne me reconnaissez pas?» Non je ne la reconnaissais pas. Elle me rappelait bien vaguement quelqu’un mais je n’en avais pas une idée précise. Son visage ovale, ses yeux gris, n’avaient d’ailleurs rien de vraiment remarquable. Elle n’était pas déplaisante, plutôt agréable même, mais ce n’était pas une beauté inoubliable. «Je devrais ?», je m’efforçais d’adoucir mon regard, de ne paraître ni agressif ni avide. «Vous pourriez!» «Comment ça ?» «Je ne vous rappelle pas Nathalie?» Je cherchais dans mes souvenirs et le fait de devoir chercher me paralysait encore davantage car elle avait l’air sûre d’elle et je ne voulais paraître ni ingrat, ni indélicat, encore moins insensible. «Moi, je sais que vous vous appelez Marc Hodges et Nathalie est le prénom de ma mère que vous avez bien connue il y a vingt-six ans» Cette précision me renvoya à l’époque où, interprète à Berlin, j’avais en effet connu une Nathalie… bien plus que connu, car nous avions été épisodiquement amants durant deux ans. J’avoue que, au cours de mes divers déboires sentimentaux, se mêlant à mes diverses autres aventures, elle m’était un peu sortie de l’esprit et que je n’avais plus un souvenir précis de ses caractéristiques physiques. Je mentis : «Ah oui, en effet, vous lui ressemblez.» «N’est-ce pas?» et elle sortit une photographie de son sac à main.


Publié dans Nathalie

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