Du souvenir

Publié le par Balpe

Rêves et souvenirs s’enchevêtrent souvent comme des cordes nouées, les souvenirs font un réseau de galeries souterraines plus ou moins éclairées où l’esprit circule, parfois s’égare, parfois se heurte à des parois depuis longtemps murées, parfois se fraye avec difficulté un passage dans des effondrements plus ou moins récents mais où son avancée lui révèle bien des surprises ou même des trésors, qu’il croyait à jamais perdus.

Depuis que Marc avait rencontré sa fille, il explorait lentement ceux de mon aventure avec Nathalie, reconstituait peu à peu son visage, mais bien avant son visage, son corps, le goût de son corps sous sa langue, l’odeur dense de son sexe, sa douceur sous sa main, la plénitude lourde de ses seins dans ses paumes. Pour lui, Nathalie était avant tout le souvenir le plus concret du désir érotique. Elle faisait l’amour avec un appétit toujours renouvelé, inventait sans cesse des jeux sexuels d’une subtilité inouïe sans pour autant tomber dans ce qui aurait pu paraître une recherche artificielle : elle était corps, pleinement et, dans ces moments, l’assumait sans restrictions. Jamais avant elle, jamais après elle il n’avait connu une telle perfection dans la jouissance.

Pourtant il l’avait presque oubliée : la vie, ses autres amantes, ses autres aventures… peut-être aussi la confusion de plus en plus grande qui s’installait en lui entre la réalité de ses souvenirs et celle des histoires qu’il écrivait, — ou qu’il se racontait— et auxquelles parfois il finissait par croire ne sachant plus très bien ce qui relevait du réel et ce qui relevait de la fiction. Peut-être aussi la crainte inconsciente de s’affronter à l’empire des sens qu’elle lui avait révélé et dont il n’avait jamais plus retrouvé ni la simplicité ni l’intensité.

Aussi, la réapparition, comme d’une eau trop longtemps souterraine, de sa fille le ramène sans cesse à elle.

Publié dans Marc Pérignon

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