Marc Hodges et la littérature

Publié le par Balpe

Marc Hodges avait toujours commencé ses romans avec un fort sentiment d’inutilité : il ne croyait pas en la nécessité sociale de l’écriture. La littérature lui semblait reposer sur une mystification. Pourtant il ne pouvait se passer d’écrire. Plus exactement, il ne pouvait se passer de projeter de la fiction sur sa vie réelle. S’il y a des raisons à écrire, il ne connaissait que celle-là. Il écrivait parce qu’il voulait conserver des traces de ses imaginations, des traces de ces fictions où il se projetait sans cesse. Aussi écrivait-il parce que rien d’autre ne l’intéressait, parce qu’il ne savait rien faire d’autre car il avait depuis longtemps épuisé toutes les autres formes de l’illusion. Il n’avait jamais réussi à comprendre pourquoi il vivait, pour qui ? Même si, paradoxalement, conscient de l’impossibilité d’une réponse à ces questions, il vivait plutôt bien. Il avait depuis longtemps compris que son militantisme gauchiste était une autre forme de projection dans la fiction et qu’il n’en sortirait rien d’autre que des récits. Le fait qu’ils aient une incidence dans la réalité ne lui apportait aucune satisfaction supplémentaire. Au contraire car il ne pouvait en maîtriser ni la structure ni la totalité des paramètres. Pour cela la littérature était un militantisme parfait. Ce qui l’intéressait — un peu — était de parvenir à faire croire que ses fictions pouvaient avoir un semblant de réalité et, en étant convaincu lui-même, de rêve en permanence dans un rêve éveillé.

Être suivi était de cet ordre. Il le comprit rapidement. Cette fiction lui permettait, pour un temps, de croire que rien dans sa vie n’était totalement figé et que de nouveaux récits pouvaient l’entraîner vers des aventures passionnantes. Il joua donc à être suivi…

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