Où la fiction invente le réel

Publié le par Balpe

Une fois enclenchée la dynamique propre à la fiction, le romancier est celui qui se condamne à faire marche avant : tout dans son récit doit tendre vers un but que bien souvent il ignore mais qui émergera lentement des multiples petites étapes qui le poussent dans une direction dés lors unique. Ainsi il s’enferme lentement dans des mensonges qui, pour que son récit soit recevable, doivent être pour lui aussi réels que ce réel dont on ne cesse d’ailleurs de s’apercevoir qu’il est illogique, incroyable et inépuisable. Le romancier ne peut plus faire marche arrière parce que non seulement la logique de la fiction le pousse inexorablement vers l’avant mais parce que, abusé par les multiples ruses et faux semblants de la réalité, son mensonge lui semble au moins aussi vrai qu’elle.

Depuis que Marc a pensé avoir été suivi dans le parc, depuis qu’il s’est mis dans la tête qu’il était suivi par une jeune femme, il a fini par construire en fiction cette vague impression qui l’obsède et, d’heure en heure, de jour en jour, lui semble pourtant de plus en plus invraisemblable : l’image de celui qu’il vois dans sa glace, cette information de lui-même, n’est pas l’image vraie de celui qu’il est et pourtant c’est cette image qui, un temps, le construit dans sa vérité. Le romancier n’est pas prisonnier de son mensonge, il est mensonge pour lui-même essayant de paraître vrai pour autrui. Toute écriture ainsi est jeu de présence/absence.

S’il avait désormais compris qu’il n’était pas réellement suivi, il avait désormais besoin de cette fiction de filature. Il lui fallait trouver dans la réalité des faits, des événements qui le confortaient en ce sens : il s’inventait des jeunes filles le suivant dans les parcs de la ville, déçu lorsqu’il ne parvenait pas à en apercevoir une susceptible de répondre à son fantasme.

Publié dans Marc Hodges

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