Vendredi 26 septembre 2008
Un de mes lecteurs me dit avoir retrouvé dans une vieille revue des années 80, le texte ci-dessous de Marc Hodges qui répondait à un questionnaire. La question posée était une de ces questions rituelles qu’exploitent périodiquement les revues en manque d’imagination. La voici : « Pouvez-vous définir ce qu’est pour vous la littérature ? ». Ce lecteur a même poussé l’obligeance jusqu’à numériser le texte, aussi je ne résiste pas au plaisir de vous en faire profiter d’autant qu’on retrouve bien là l’esprit militant, révolté, « révolutionnaire » même de sa jeunesse.

«littérale rature, par Marc Hodges

— la littérature se définit par ce que j’écris. Ce que j’écris est de la littérature. Du moins est-ce ainsi que je le conçois sinon je n’en écrirais pas.
— la littérature ne peut être définie ni par les institutions qui s’en occupent (édition, prix, académies, enseignement…) ni par le peuple des lecteurs car dans ce cas elle n’est plus qu’un produit marketing. Sa meilleure définition serait donc : « le territoire de la littérature est déterminé par les volumes de vente des produits qui s’en réclament ».
— la littérature est un texte aristocratique et non ploutocratique.
— Si la littérature est ce que j’écris, tout ce que j’écris, quelle qu’en soit la forme est de la littérature.
— La littérature n’a aucune visée pragmatique : elle ne sert à rien, ne vaut rien, n’a — en soi — aucun intérêt.
— La littérature est conditionnée par son vide, elle est du texte en creux ou, plus exactement encore, le creux de tout texte.
— C’est ce creux seul qui fait son intérêt parce qu’il n’est en rien récupérable. Dès qu’il y a une possibilité quelconque de récupération, il y a sortie du champ littéraire.
— La littérature n’est que parce que quelqu’un (le nombre importe peu) parle d’elle.
— Ce texte est donc de la littérature.
— Poésie, théâtre, roman, essais… ne sont que des étiquettes posées sur les textes dans des tentatives de récupération systématique.
— La littérature n’ayant pas de finalité, il n’y a aucune raison qu’un texte littéraire est une fin ou une visée. Ainsi vouloir affirmer qu’un roman a un début et une fin n’est qu’une des contraintes pragmatiques imposées par le medium livre et ses nécessités de commercialisation.
— Tout texte peut venir de nulle part et aller n’importe où. »

Je donnerai la suite plus tard… Mais ce fragment suffit dèjà à éclairer en partie la démarche de son hyperfiction Le sens de la vie autrement incompréhensible.
Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Si j’ai choisi un ensemble de blogs, c’est d'une part que le temps y est encore plus déstructuré, chaque lecteur s’y promène suivant ses désirs du moment : le passé y est un présent possible et le présent, un futur passé; d'autre part qu'à l'image du réel et du psychologique elle se répand et se déforme dans l'espace virtuel de l'imaginaire. Défi pour un romancier qui, comme tous ceux de sa génération, s’est construit sur l’idéologie linéaire et téléologique du livre. L'image du blog des blogs est celle du labyrinthe.

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