Marc Hodges et l'édition

Publié le par Balpe

Quelques livres de Marc Hodges obtinrent quelques prix qui lui valurent la reconnaissance jalouse de ses pairs, quelques articles dans la presse, une ou deux interviews et de nombreuses invitations dans quelques uns des innombrables salons du livre de province mais, quoique nationaux, ce n’étaient que des prix secondaires qui ne lui firent vendre qu’un nombre modeste d’ouvrages — sa plus forte vente fut de 2000 exemplaires — et le laissèrent de toutes façons très insatisfait car, après la joie réelle, même si un peu en retrait, que lui provoquait l’obtention du prix (joie d’autant plus réelle lorsqu’elle s’accompagnait d’une dotation monétaire), il ressentait vite le côté dérisoire de cette gloire temporaire. Les prix succèdent aux prix comme les victoires — ou les défaites — dans le domaine des sports, et l’un chasse l’autre. Chaque année se déroulent le rituel de leurs défilés : tel est primé aujourd’hui qui disparaît demain : leur rythme est celui des promotions, des soldes. La littérature se donne aux désirs du commerce. Pourquoi pas, après tout !… Mais, à ces relations amoureuses, Marc Hodges n’avait aucune envie de se livrer. Non qu’il méprisât l’argent, il en avait besoin pour vivre — de toutes façons, cela lui en donnait si peu ! — mais parce qu’il ne se retrouvait pas dans le rôle qu’il lui fallait alors jouer, celui du créateur reconnaissant dont, d’autres que lui, quelques jours, aiment les créatures. La mondanité superficielle des remises de prix,  cocktails, rencontres… où il lui fallait aller pour obtenir un peu d’argent, le dérisoire des lectures publiques où il lui fallait sourire à de charmantes vieilles dames qui venaient là comme elles allaient boire le thé chez leurs voisines, l’inintérêt de la plupart des journalistes pour ce qu’ils lui demandaient de dire, tout cela jurait avec sa vie antérieure d’engagement, de mépris de l’argent et des mondanités. Sa seule envie était alors d’échapper au plus vite à ces situations qui lui semblaient toutes plus dérisoires les unes que les autres.

Tout cela le renvoyait sans cesse à la question, la seule qui valait vraiment pour lui : pourquoi continuait-il à écrire ? Cette volupté du maniement des mots qu’il éprouvait butait étrangement sur un profond sentiment de solitude. S’il écrivait, c’est qu’il écrivait pour quelqu’un. Il lui fallait au moins un lecteur, un lecteur vrai. Il n’était jamais sûr de l’avoir trouvé. S’il n’écrivait pas, il se sentait vide ; quand il écrivait, il était en manque. Pourtant il n’envisageait pas de sortir de cette situation aussi traumatisante qu’elle soit. L’homme est un étrange animal qui peut trouver sa nourriture dans ce qui le détruit : le sexe, l’alcool, la drogue, la mélancolie, l’écriture… l’écriture ! Marc Hodges n’avait, dans toute son existence, trouvé rien d’autre susceptible de la meubler un peu.

Publié dans Marc Hodges

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sisi 30/03/2006 23:17

Bien vu ce blog ! Continue ainsi ! :)



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