La sensation d'être épié

Publié le par Balpe

Ce n’était pas la première fois que Marc Hodges se sentait observé : « Je me suis senti observé toute ma vie… » m’avait-il confié un jour dans un de ses rares moments d’abandon confiant alors cependant qu’il pensait que j’ignorais tout de ses activités clandestines… Il le savait déjà. Bien sûr, et ses récentes mésaventures avec ses ex-camarades de clandestinité n’avaient rien qui pouvaient le rassurer sur ce point. Mais il savait aussi que nos sentiments, nos sensations, notre volonté ne dépendent que de molécules chimiques… Comme tout le monde. Il savait que l’amour du chocolat était une forme de dépendance, que l’attirance pour les blondes plutôt que pour les garçons bruns ne dépendait que d’un dosage infime de molécules chimiques dans le cerveau : il avait lu sur ce point un article sur l’oxitocyne qu’une montrant petite pulvérisation nasale pouvait mettre n’importe qui à la merci de n’importe qui.

L’impression d’être suivi, surveillé, était-elle de même nature ? Il se disait: « Arrête de délirer ! Pourquoi voudrais-tu encore être suivi, il n’y a plus aucune raison que quelqu’un s’intéresse à toi ? » Il ne le voulait pas mais ne pouvait s’empêcher d’éprouver l’impression forte d’être suivi. Depuis ce sentiment le poursuivait. De la même façon que l’on croit parfois revivre point à point un moment ancien déjà vécu sans pour autant parvenir à situer ce moment avec précision dans le temps. Comme si le cerveau soudain se mettait en roue libre.

Il ne pouvait s’empêcher de se retourner, de feindre de s’arrêter pour lacer ses chaussures, ramasser un caillou, regarder un arbre pour regarder si quelqu’un était derrière lui… mais depuis que la jeune femme l’avait dépassé il n’y avait personne : des herbes, des arbres, des allées vides et… ce sentiment qui ne le lâchait pas.

 

Publié dans Marc Hodges

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