Feux de paille

Publié le par Balpe

Je n’écris pas ici pour vous parler de moi. Il y a d’autres lieux pour ça et je ne considère pas ma personnalité comme assez intéressante pour occuper votre temps de lecture. Si je vous ai parlé de Gilberte, ce n’est que parce que nos amours ont été à l’origine de ma rupture avec Marc Hodges. Ainsi vous parlant de moi, je vous parlais aussi de lui. Sachez simplement pour en finir sur ce point que je n’ai toujours eu que des amours de paille : ils s’enflamment très vite mais s’éteignent rapidement. Rien ne leur résiste quand ils flambent mais ils ne durent pas longtemps : Gilberte et moi nous n’avons guère vécu ensemble plus de six mois. Elle disparut ensuite de ma vie comme elle avait disparu de celle de Marc mais de deux amis que nous étions, nous nous sommes retrouvés deux adversaires.

Comme nous habitions la même région, il était difficile de s’éviter totalement. Je le croisais de temps en temps et feignait de ne pas le voir. Je suppose qu’il faisait de même. Nos amis, sachant ce qu’il en était, se compliquait la vie à essayer de ne jamais nous inviter ensemble. Ils y réussissaient. Plus ou moins. Ainsi, un week-end alors qu’un ami d’ami avait organisé un barbecue dans la vaste maison qu’il venait d’acheter à Bois-le-Roi, nous nous sommes retrouvés ensemble. Qui plus est, la maîtresse de maison qui ne nous connaissait pas bien, s’efforça de nous présenter : « Venez que je vous présente un écrivain que j’aime, me dit-elle ». Je ne me méfiai pas. Souriante, un peu mondaine, mais pas au point d’être déplaisante, elle m’entraîna vers le fond du jardin où Marc discutait avec le plus grand de ses enfants, un adolescent d’environ seize ans. « Connaissez-vous Marc Hodges, demanda-t-elle ? » Je ne savais trop que répondre. De toutes façons il aurait été ridicule de fuir. Je me contentai d’un « oui » prudent. « Marc, Jean-Pierre me dit qu’il vous connaît… vous ne me l’aviez jamais dit ! » Marc se retourna.

Publié dans Marc Hodges

Commenter cet article