Roberte et Gilberte

Publié le par Balpe

Les souvenirs font un réseau de galeries souterraines plus ou moins bien éclairées où l’esprit circule, parfois s’égare, parfois se heurte à des parois depuis longtemps murées, parfois se fraye avec difficulté un passage dans des effondrements plus ou moins récents mais où son avancée lui révèle bien des surprises, et même parfois des trésors, qu’il croyait à jamais perdus.

Depuis que j’avais rencontré Gilberte, j’explorais lentement mes rapports à Roberte, je me centrais moins sur son visage, que sur son corps, sur le goût de son corps sous ma langue, l’odeur dense de son sexe, sa douceur sous ma main, la plénitude lourde de ses seins dans mes paumes. Roberte était avant tout pour moi la manifestation la plus concrète du désir érotique. Elle faisait l’amour avec un appétit toujours renouvelé, inventait sans cesse des jeux sexuels d’une subtilité inouïe sans pour autant tomber dans ce qui aurait pu paraître une recherche artificielle : elle était corps, pleinement et, à ce moment-là, l’assumait sans restrictions. Jamais avant elle, jamais après je n’avais connu une telle perfection dans la jouissance.

Avec elle j’avais presque oublié mes autres aventures… peut-être aussi la confusion de plus en plus grande qui s’installait en moi entre la réalité de mes souvenirs et celle des histoires que je me racontais et que parfois je finissais par croire ne sachant plus très bien ce qui relevait du réel et ce qui relevait de la fiction. Peut-être avais-je aussi la crainte inconsciente de m’engloutir dans l’intensité absolue de cet empire des sens qu’elle m’avait révélé. Quoi qu’il en soit, Roberte était un aboutissement, une fin, quelque chose comme une mort, même si cette mort était des plus sensuelles. Aussi quand Marc Hodges me fit connaître Gilberte, j’étais prêt à chercher autre chose.

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