La banalité du quotidien

Publié le par Balpe

«On peut bien dire avec certitude que jamais le monde n’a présenté un aspect aussi chaotique qu’à présent. Il n’est qu’une infinie variété de contrastes et d’oppositions.» écrit, si je me souviens bien, Hölderlin dans une lettre à un de ses amis (ne me demandez pas laquelle, Internet doit vous permettre de la retrouver et vous n’avez pas besoin de moi pour cela) : Marc Hodges en avait été un acteur — secondaire certes, mais tout de même suffisamment impliqué dans ces turbulences. Je renvoie ici le lecteur à ce que je racontais de ses débuts dans la vie : «Marc Hodges ne s’appelle pas Hodges. Ce nom n’est qu’un nom de plume. Il s’appelle Marc Pérignon, ce qui est plus banal et moins littéraire. C’est parce qu’il n’aimait pas du tout les initiales MP, prétextes à des plaisanteries faciles, qu’il a choisi le pseudonyme Hodges. Sa vie n’a pas été si simple qu’il veut bien le faire croire. Marc est arrivé à Berlin Est en 1977. L’année de la bande à Baader « suicidé » dans sa cellule le 18 octobre huit jours après que l’industriel Hans Schleyer ait été exécuté par la RFA (pas la République Fédérale d’Allemagne, bien sûr, mais la Rote Fraktion Army). En fait Marc — qui se faisait appeler Markus — a commencé à fricoter avec des groupes plus ou moins anar dès ses 16 ans, en 1969. Regret de ne pas avoir participé aux événements de 1968 dans sa petite ville languedocienne endormie ? Il a très vite été attiré par la vague de libertaires venus s’installer dans des trous pourris des Cévennes. Initiation sexuelle joyeuse par des hommes et des femmes aguerries, amours libres, refus des contraintes et des conventions. De quoi séduire un esprit libre qui s’ennuie dans une famille de petits commerçants de province. A 18 ans il est condamné à quatre ans de prison : hold-up raté, on se lasse de la bouillie de châtaigne, les chèvres ne nourrissaient personne, avaient une forte propension à tomber malades, les salades ne poussaient pas toutes seules, et, malgré une vie communautaire débridée, un refus absolu du confort, il fallait un minimum de fric. Le prendre où il était paraissait la solution, à condition de ne pas être pris.»

Après dix ans de vie semi-clandestine, il n’aspirait qu’à la banalité du quotidien.

Publié dans Marc Pérignon

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