Direction l'INSEAD

Publié le par Balpe

Je pourrais presque à l’infini étirer le récit de leur promenade : pour eux, à ce moment-là, comme pour tous ceux qui s’oublient l’un vers l’autre, le temps ne comptait pas. Je pourrais vous raconter avec une grande minutie de détail l’heure qu’ils passèrent au Café des Halles (bistro favori de Marc Hodges) : la table qu’ils choisirent avec attention — terrasse, au soleil, près de la devanture pour être à l’abri du vent, orientation leur permettant de n’être, ni l’un ni l’autre, éblouis — ; les plaisanteries que Marc échangea avec le garçon de café pour montrer combien il était familier des lieux ; la demande expresse de petits carrés de chocolat pour offrir le sien à Gilberte qui en semblait friande ; les échanges anodins qui les faisaient rire et créaient entre eux un début de complicité ; les regards de plus en plus audacieux de Marc cherchant des yeux qui ne fuyaient pas ; les jeux avec les lunettes de soleil voilant-dévoilant le regard ; les sourires ; les mains qui se frôlent comme par inadvertance ; etc.

Mais tout cela a déjà été raconté tant de fois qu’il suffira au lecteur de se reporter à un de ses romans favoris pour transposer la scène. Bref, il était évident que la séduction faisait son œuvre et qu’entre Gilberte et Marc Hodges s’installait un sentiment qui, de la sympathie s’avançait peu à peu vers les territoires du désir.

Ni l’un ni l’autre n’avait quelque chose de précis à faire. Pourtant, cette situation indéfinie ne pouvait se prolonger indéfiniment. Gilberte y mit fin : «Je ne m’ennuie pas avec vous — il prit cela comme un compliment sincère — mais il faut que je m’en aille…» «Déjà, vous êtes sûre ?» Elle hésita un peu : «Oui… oui…» J’aimerais vous revoir » «Avec plaisir…» «Quand ?» «Quand vous voulez !» «Tout de suite…» Elle rit : «Non… non…» «Dans une heure !» Elle rit encore : «Il faut quand même que je me montre à l’INSEAD…» «Je vous accompagne…» «Si vous voulez.» Il paie les deux cafés. Elle ne proteste que pour la forme, ils se dirigent vers la rue des Sablons.

Publié dans Gilberte

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Elstir 18/11/2005 14:06

Je trouve un peu court vos descriptions de rencontre amoureuses. Si vous voulez savoir vraiment ce que c'est que l'amour, allez-voir le blog dont je vous donne l'adresse.