Gilberte

Publié le par Balpe

Gilberte, avec ses vingt-cinq ans, était une jeune fille de bonne famille qui était venue à Fontainebleau pour suivre, à l’INSEAD, un stage de management international. Son père était alors un des magnats de la presse internationale et, bien que la fortune acquise aurait suffi à en faire une rentière tranquille, comptait bien lui faire assurer sa succession.

Évidemment, Marc Hodges — qui avait alors trente quatre ans — n’en savait rien et ne pouvait se douter, en prolongeant agréablement une discussion vide avec une jeune femme au bord du Grand canal du château de Fontainebleau, à qui il parlait. Il apprit qu’elle était en stage à l’INSEAD. Elle apprit qu’il était écrivain. Il sut que ses études ne la passionnaient pas vraiment mais « qu’elle voulait faire plaisir à son père… et lui prouver qu’elle en était capable. » En fait elle rêvait d’être éditrice, de trouver de nouveaux talents. Il la félicita pour cela. Elle lui demanda par qui il était publié. Il mentit, dit qu’il n’avait encore rien proposé à des éditeurs attendant d’avoir terminé quelque chose d’assez solide. Elle lui dit : « J’aimerais bien lire ce que vous écrivez ! » Lui : « je ne voudrais pas vous ennuyer… » « Ça ne m’ennuiera pas… » Il mesura intérieurement le risque : si elle n’aimait pas ses textes, leur rencontre se terminerait certainement là, car il sentait que le côté un peu romantique de cette rencontre ne pourrait que se fracasser sur les aspérités du réel. D’un autre côté, il voulait la revoir. Il dit : « d’accord, je vous montrerai quelque chose, mais promettez moi d’être sincère ! » Elle promit. D’une certaine façon il assumait ce risque.

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