Des banalités indispensables

Publié le par Balpe

Le lecteur se souvient certainement d’un des articles initiaux que j’ai attribué à Marc Hodges :

«Je viens de lire un article sur l’oxytocine et sa lecture me perturbe. Ainsi nos sentiments, nos sensations, notre volonté ne dépendent que de molécules chimiques…
Je le savais déjà. Bien sûr. Comme tout le monde. Je savais que l’amour du chocolat était une forme de dépendance. Mais à ce point ! Une petite pulvérisation nasale et nous sommes à la merci de n’importe qui. Stupéfiant. C’est le cas de le dire.»

L’impression d’être amoureux, de rencontrer la personne que l’on cherche depuis des années, est-elle de même nature ? Marc se sent spontanément en accord avec cette inconnue dont il apprendra un peu plus tard qu’elle se nomme Gilberte. Il s’attarde. Elle ne refuse pas sa compagnie, ne semble pas du tout ennuyé qu’il lui parle. Il cherche des prétextes dérisoires pour faire durer la conversation : «la lumière est belle ce matin…» «J’adore ce parc, et vous…» «Il fait un peu frais tout de même…» Banalités. Banalités, mais comment faire autrement lorsque l’on ne sait rien de celle — ou celui…— à qui on s’adresse. Banalités, mais elle ne semble pas ennuyée. Au contraire : elle sourit, répond volontiers par d’autres banalités : «Très belle en effet, mais c’est si fréquent sur le Grand Canal», «J’y viens aussi très souvent» «Oui, le fond de l’air est frais mais ce n’est pas pour me déplaire !» «Vous habitezv dans les environs ?»

Tous deux savent bien que ce qu’ils se disent est beaucoup moins important que le fait même de se le dire et que, quel que soit le contexte, ils adopteraient la même attitude.

Publié dans Gilberte

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