Une histoire de temps

Publié le par Balpe

Un de mes attentifs lecteurs me fait remarquer ce qu’il considère être une contradiction : dans la note du 4 novembre, j’ai écrit que Marc Hodges a rédigé cette page relatant sa première rencontre avec Uwe lors de son séjour sur le Causse Méjean. Or, au début de cet ouvrage intitulé Romans, je fais remonter cet événement à juillet 2005. Cela signifierait que Marc Hodges a anticipé sur son existence, ce qui semble peu crédible.

Le temps de la fiction n’est pas celui de la réalité et rien n’empêche un écrivain de faire en sorte que son personnage anticipe sur le temps, ou même qu’il ait des prémonitions — la littérature réaliste est pleine de faits de ce genre. Mais cela serait cependant une explication un peu facile. D’autant que Marc Hodges n’a pas écrit cette page.

En réalité, comme les lecteurs s’en sont rendu compte — ∂u moins ceux qui lisent — ce n’est pas Marc Hodges qui écrit cette fiction, mais Jean-Pierre Balpe et celui-ci n’est pas tenu aux mêmes contraintes que celui-là d’autant qu’il ne rapporte pas des faits vécus mais brode sur des faits rapportés par autrui (en l’occurrence les confidences de Marc Pérignon). Créer un personnage a ses lois propres : Marc Hodges n’a jamais existé, du moins tel qu’il est décrit ici. Il est un personnage composite dont la logique obéit à celle de la fiction non à celle de la réalité. Le temps dans une telle construction n’est qu’un élément parmi d’autres qui n’a aucune raison d’être privilégié. Que Marc Hodges ait commencé à écrire dans le désert — ou non — qu’il y ait écrit cette page — ou non — importe peu. Ce qui importe, c’est que du point de vue fictionnel, cette page soit présentée comme ayant été rédigée ainsi à ce moment-là. Le reste n’est que question d’interprétation.

Publié dans Appartés

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