André Pagès, personnage de Marc Hodges

Publié le par Balpe

André Pagès affectionne ce paysage vide du Méjean où il se trouve face à lui-même. Il vit sur le plateau depuis si longtemps qu’il lui semble le connaître depuis toujours. Il n'a, depuis si longtemps, plus de comptes à rendre à qui que ce soit… Il écoute le vent. Le calme est absolu, la sérénité étale. Le calme est si pur qu'il entend avec beaucoup d'éclat de petits bruits lointains : branche qui craque sous le gel, aboiement de chien, coassement de corbeau, poignées de neige tombant des branches. Quelque chose le porte en avant. Sa marche est lente, lourde. La solitude profonde et comme intemporelle qui l'environne, l'aspect immatériel de ce paysage, tout cela avive son imagination. Parce qu’il lui est impossible de rompre le silence, vivre avec les hommes lui serait trop difficile. Il a ici un sentiment de sécurité éternelle et, comme d’habitude, emmitouflé dans son immense cape de berger vert-montagne, mains bandées de ses mitaines de grosse laine grise, il va sans savoir où, plus sûr pourtant de ses pas que si une volonté lucide le menait car rien ici ne lui est étranger. Il marche déjà depuis plusieurs heures… L'exaltation que provoque en lui la profondeur orgueilleuse de sa solitude est renforcée par la certitude de l'ennui qu'il éprouverait à vivre ailleurs. À l’horizon, au sommet de la crête, sous le vol lent d’un vautour fauve, dénonçant la profonde blessure des canyons de la Jonte, les ombres gardiennes de Saint-Pierre-des-Tripiers se découpent sur le ciel.

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