Où Marc Hodges se transforme en Bréauté

Publié le par Balpe

Il n’y avait rien à faire à Florac, Marc n’avait donc rien à faire. Il se mit à écrire. Comme il avait somme toute vécu une vie peu ordinaire, il s’était toujours dit qu’il lui faudrait raconter sa vie, ses aventures : après tout il avait trente quatre ans, âge charnière. Ce n’était plus un gamin, plus un adolescent, plus un jeune homme. Il pensait pouvoir analyser objectivent son passé, le présenter comme une histoire universelle, celle d’une génération égarée dans les soubresauts de l’histoire. Il acheta un bloc de papier et une série de stylos et se mit à l’ouvrage… Il n’arrivait à rien. Il avait beau s’enfermer dans sa chambre, rester des heures devant son bloc, il n’arrivait à rien. Non seulement il n’écrivait pas deux lignes lui semblant avoir un quelconque intérêt mais, de plus, dès qu’il se mettait à sa table de travail, il n’avait plus aucune idée de ce qu’il pourrait bien écrire. Il comprit que Florac était une entrave : trop petite ville pour éprouver de l’excitation créatrice, trop grande pour être confronté à sa solitude. La chambre d’hôtel était trop minable, l’esplanade déprimante, les bistrots minables… il lui fallait aller plus loin encore. Il opta pour le désert.

Le désert, ce fut, au-dessus de Florac, à une dizaine de kilomètres, une ferme isolée sur le Le causse Méjean qu’il trouva à louer. Il y était seul. Totalement. Pas une maison dans un rayon de plus de dix kilomètres, pas un habitant : des moutons, des lapins, des lièvres, des grives, des alouettes… Il s’y installa un jour de glacial de février 1987.

 

Publié dans Marc Pérignon

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