Marc Hodges s'enfuit en Lozère

Publié le par Balpe

Marc avait rompu tout contact avec Natacha. Il ne s’occupait plus des touristes russes. Il avait changé d’adresse. Ce qu’il voulait désormais, c’était disparaître. Plus il y pensait, plus il se disait que sa vie, toute sa vie, n’avait été qu’une vaste fumisterie dans laquelle il s’était enfermé lui-même. Idées généreuses, grands sentiments : il voulait sauver le monde, il travaillait pour l’avenir du peuple et son bonheur… Mais le peuple s’en foutait, ne lui demandait rien, ne voulait même pas de ce bonheur qu’il lui proposait. Le peuple ne voulait que du pain et des jeux. Rien n’avait changé depuis l’origine des civilisations urbaines et Marc (Markus, Marco…) était à contretemps qui essayait de rendre les gens heureux contre leurs désirs mêmes. Il leur proposait l’égalité ; ils ne rêvaient que d’être les plus (beaux, forts, riches…). Il leur proposait l’intelligence ; ils ne rêvaient que distractions stupides : canulars et télévision. Il leur proposait la matérialité de l’existence ; ils ne rêvaient que mirages, dieux, déesses et petites divinités. Il leur proposait la raison ; ils ne rêvaient que hasard, chance, magie… Rien ne marchait comme il aurait voulu et maintenant il en avait assez. Assez de s’illusionner, d’essayer de croire qu’il vivait pour une cause supérieure. Il se trouvait nu, sale mais nu, vide et nu. Il lui fallait se reconstruire. Il décida de partir.

Et pour cela il choisit la Lozère. Il prit un train pour Alès, un bus pour Mende mais en chemin il s’arrêta à Florac, parce que le nom lui plaisait, parce que c’était une toute petite ville, parce qu’il n’y connaissait personne et ne connaissait personne qui en soit originaire, parce qu’il n’en avait jamais entendu parler. Il choisit un hôtel minable : sa fenêtre donnait sur l’esplanade Marceau Farette. Il s’y installa quelques jours.

Publié dans Marc Hodges

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