Une conversation entre amis

Publié le par Balpe

« Je t’aime », dit Arkadi de façon à ce que Marc ne puisse pas déterminer s’il s’agit d’une vraie déclaration amoureuse ou d’une moquerie (mais la déclaration d’amour se cache parfois sous la moquerie), « tu es si entier ! » « Qu’attends-tu de moi ? » demande Marc qui ne comprend toujours pas à quoi rime cette scène.

Le gorille qu’Arkadi a présenté comme étant Lev Tchernov tend la main, reprend les photos et la liste des activités de Marc : « Ceci n’est qu’un échantillon. Nous vous aimons beaucoup parce que vous nous avez rendu un certain nombre de services — parfois d’ailleurs sans vous en rendre compte… mais ça fait partie du jeu ! Jusque là nous avions confiance en vous parce que nous savions que vous étiez acquis à notre cause et que, comme nous, vous vouliez le triomphe du prolétariat. Malheureusement… » « Malheureusement ? », l’interrompt Marc ? Le deuxième gorille — Dimitri Kernov ? — intervient à son tour : « Ne faites pas l’enfant, laissez-le parler, nous sommes ici entre combattants aguerris et vous savez que nous ne jouons pas ! » « Malheureusement, reprend calmement Lev Tchernov, nos moyens de contrôle au Pérou n’étaient pas très efficaces, nous vous avons un peu perdu de vue. Heureusement vous avez rétabli le contact à New-York. Très bien. Très bien… » Il marque une pause, comme s’il réfléchissait ou pesait ses mots : « …nous n’aimons pas beaucoup perdre le contrôle, trop de choses peuvent se passer et nous ne savons plus avec qui nous travaillons… Nous avons besoin d’être rassurés. »

Il y a entre eux un moment de silence. Arkadi, toujours souriant, reprend la parole : « Mon cher, il suffit de les rassurer ! » « Sinon », demande Marc irrité par l’implicite de la menace. « Sinon… sinon il se peut que les documents que nous vous avons montré s’égarent dans quelques rédactions intéressées ou parviennent, sans que l’on sache comment, à quelques personnes susceptibles d’y prêter attention. » « C’est une menace ? » « Bien sûr que non, dit Kernov, bien sûr que non. Nous avons trop confiance en vous pour vous menacer de quoi que ce soit, c’est une simple hypothèse. Pour le reste, il faudrait que nous ayons une conversation plus approfondie. » « Quand, où ? » « Nous avons le temps, quelqu’un vous contactera bientôt. »

Publié dans Arkadi

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