Romans


Romans fait partie d'une HyperFiction intitulée La disparition du Général Proust. Cette fiction, à l'origine liée à celle que le journal Libération a publiée dans ses pages du 18/07 au 28/08 2005, comprend l'ensemble des blogs dont les liens sont donnés dans celui-ci.


Dimanche 12 février 2006
J’y viens… Marc Hodges avait laissé tomber un peu rapidement ses petits camarades, on ne quitte pas ainsi des groupes soudés dans la clandestinité, tout abandon y apparaît rapidement un peu suspect, le groupe ne peut s’empêcher d’y soupçonner de la trahison ou, pire peut-être, une condamnation morale : «je m’en vais parce que je ne suis plus d’accord avec vous, ni sur vos fins, ni sur vos moyens et que je sais que vous n’êtes pas capable d’entendre ce que j’aurais à vous dire.»

Dans le cas de Marc, ce n’était rien de tout ça. De la lassitude avant tout, il était fatigué de changer d’identité, de ne pouvoir se fixer nulle part, de ne pas avoir d’image publique. Il avait envie de vivre « comme tout le monde » et d’exister pour lui-même, envie de pouvoir assumer sa vocation d’écrivain sans avoir à surveiller ce qu’il pensait avoir à écrire. Ila avait envie de vivre avec quelqu’un sans lui cacher une part importante de ses activités… Bref la vie militante clandestine ne lui convenait plus. Et c’était tout.

Comme je vous l’ai déjà dit — du moins je le crois… mais vous pouvez vérifier par vous-mêmes — un de ses anciens camarades l’avait reconnu sur une photo parue dans la presse illustrant une critique sur son dernier roman, La Disparition du Général Proust. Il en avait aussitôt parlé à son groupe qui hésita entre plusieurs attitudes :

— le punir de les avoir abandonné sans leur demander l’autorisation (détruire sa voiture, mettre le feu à sa maison, le blesser ou même le supprimer…)
— le dénoncer à la police pour ses activités passées (une lettre anonyme avec quelques éléments probants auraient suffi…)
— l’ignorer et lui laisser vivre sa vie
— l’obliger à travailler à nouveau avec eux (un petit chantage aurait dû faire l’affaire…)
— utiliser sa nouvelle virginité

Après de longs débats internes, ils optèrent pour la dernière solution.

Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Jeudi 9 février 2006
Souvenez-vous encore :

«Marc Hodges fut obligé de disparaître quelques jours. Du moins c’est ce qu’il nous dit quand il réapparut. Aucun de nous ne savait où il avait été. Gilberte, elle-même, ne fut pas avertie : un matin elle se retrouva seule dans la petite maison d’Avon que Marc avait quitté dans la nuit. Sur la table du petit-déjeuner, une enveloppe avec ces seuls mots : « je reviendrai… bientôt. ». Elle attendit un jour, puis deux… mais elle n’était pas habituée à une vie aussi spartiate et dès lors que l’amour, la violence du désir, ne lui faisaient plus oublier le cadre dans lequel elle vivait depuis quelques temps, elle ne supporta plus de rester seule.

Marc m’ayant fait souvent des confidences sur son passé militant — devant moi il en éprouvait une certaine fierté alors qu’il le cachait à la plupart des gens, j’étais l’oreille dont il avait besoin, son confident de théâtre — je me doutai aussitôt qu’il y avait là une difficulté dont il ne pouvait pas parler. «S’il te dit qu’il reviendra bientôt, c’est qu’il reviendra bientôt…» «Deux jours sans nouvelles…» Il y avait dans la voix de Gilberte un ton de reproche. Je hasardais «Ce n’est rien !» Elle répondit «C’est trop, je n’ai pas l’habitude qu’on me traite comme ça, je déménage.» «Où vas-tu ?» «Je retourne à l’Aigle noir». Le soir même elle y avait retrouvé sa suite.

Marc fut absent quinze jours. Quinze jours sans le moindre signe de vie. Gilberte oscillait sans cesse entre l’inquiétude et l’indignation. Elle connaissait peu de monde à Fontainebleau à qui se confier.»

J’ai appris plus tard, non par ses confidences — car à son retour nous étions fâchés — mais par les confidences d’amis dont j’aurai l’occasion de parler plus loin, qu’il avait été obligé d’aller à Venise. Comme je crois vous l’avoir déjà dit, quelques uns de ses anciens amis l’avaient retrouvé — rien ne s’oublie pour ceux qui s’efforcent de vivre dans l’ombre — et, avec une insistance à laquelle il n’est pas possible de s’opposer, lui avaient demandé un «service».

Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Mercredi 8 février 2006
J’ai dû m’absenter quelques jours dans un pays où je n’avais pas accès à Internet et — comme le montrent les statistiques — mes lecteurs m’abandonnent. Me sera-t-il donné de pouvoir vous parler à nouveau ? Je l’ignore. Quoi qu’il en soit j’ai promis d’aller jusqu’au bout — même si je me rends compte du dérisoire de l’entreprise, même si les difficultés techniques s’accumulent, même si j’ignore encore ce que je désigne ainsi…— et je le ferai. Un peu de discipline.

Résumons l’action pour ceux qui prendraient ces écrits en cours de route : Marc Hodges est un écrivain qui a reçu une commande du journal Libération pour ses cahiers d’été. Il a, pour cela, écrit un récit intitulé Lettre-Néant. Rien de très original même si ce titre est des plus ridicules. Il l’a qualifié d’HyperFiction. Or, moi, Jean-Pierre Balpe, je suis connu — un peu — pour avoir plus ou moins inventé ce genre. Je me suis donc intéressé à cet écrit et j’ai, parallèlement, décidé d’écrire sur l’écrit de Marc Hodges en confrontant sa fiction à la réalité. Il se trouve que je connais MH — ceux d’entre vous qui voudront savoir comment n’auront qu’à parcourir ce blog. C’est un individu étrange au passé chargé. L’histoire commence lorsqu’une jeune allemande, Uwe, fille d’une de ses anciennes maîtresses, Nathalie, le retrouve. Ces retrouvailles font resurgir tout le passé. Une histoire banale bien que très complexe. On suit Marc. Au bout de quelques années, il vit avec Gilberte pour laquelle il écrit des poèmes érotiques et dont, profitant d’une période d’absence de Marc, je deviens à mon tour l’amant.

Nous en sommes là : je vais vous dire pourquoi il s’est absenté et ce qu’il a fait puis je reviendrai en arrière pour éclaircir divers point laissé dans l’ombre.

J’espère que vous ne vous y perdrez pas…

Par Balpe - Publié dans : Appartés
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Mardi 31 janvier 2006
Je ne sais plus qui a dit — à peu près — que « l’art consiste à poursuivre une idée créative jusqu’à ses conséquences les plus extrêmes et ce quel qu’en soit le coût… ». Je souscris totalement à cette affirmation et, quoi qu’il se passe j’irai aussi loin que je le pourrai.

Je vous ai déjà fait part de diverses difficultés notamment avec la publication du Carnet d'Oriane ou des Écrits de Marc Hodges, une autre complication vient de se produire. Vous savez que, pour vous permettre de mieux pénétrer le personnage, je mettais régulièrement en ligne (dans un ordre qui était le mien et en fonction des contraintes que m’imposait cette HyperFiction) des photos prises dans Les albums photo de Marc Hodges. Ce n’était pas toujours très réguliers mais en tous cas constant. Or, je ne sais pourquoi — les amis de MH (ou lui-même) sont peut-être intervenus — je n’ai plus accès à la gestion de ce site qui se trouve donc désormais figé dans le temps comme une mémoire morte dans l’immense espace de mémoire vide d’Internet. Il va donc falloir que je construise un nouveau blog pour poursuivre cette publication d’informations que je trouve essentielle car, sinon, je vais être contraint à de longues descriptions — ce dont j’ai horreur. Ce n’est cependant pas une entrave technique qui m’empêchera de poursuivre cette œuvre essentielle…

Revenons à l’essentiel : la disparition d’un mois de Marc Hodges dont j’avais commencé à vous parler fin décembre 2005. J’ai fini par en découvrir les raisons essentielles et c’est de ça dont je voudrais vous entretenir.
Par Balpe - Publié dans : Appartés
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Dimanche 29 janvier 2006
Il me faut maintenant revenir en arrière : le temps de la fiction n’est pas le temps réel. A l’origine de ce récit, il y Uwe, la fille de Nathalie, une ancienne amie allemande de Marc. Il y a aussi sa fréquentation des milieux gauchistes et ses errements dans les mouvances plus ou moins activistes, puis ses déplacements à travers la France et même le monde au gré des missions qui lui ont été confiées.

Voici comment il rapporte sa première conversation sérieuse avec Uwe à une terrasse d’un café de Fontainebleau — Le café des Halles — un jour de marché :

Le soleil brûlait la terrasse, la chaleur était étouffante. Je ne pouvais laisser durer cette situation : « Comment se fait-il que vous me connaissiez ? » …, la fille de Nathalie, ne semblait pas du tout gênée par ma question. Elle s’y attendait. « Ma mère n’a jamais cessé de me parler de vous. »

Il y avait quelque chose d’incroyable dans cette réponse. « Ce n’est pas une réponse. », « C’est la réponse… ma mère a toujours cru en vous, en votre talent, elle n’a pas arrêté d’essayer de vous retrouver… » Je revoyais le visage de Nathalie, sa fille lui ressemblait étrangement, mélange de sensualité et de candeur, de sérieux germanique et d’innocence perverse, je voyais nos longs et lents baisers sur le « pont Hercule » près duquel j’habitais alors, je sentais encore sa langue s’enroulant à la mienne… « Internet m’a permis de vous retrouver, vous êtes connu, vous avez beaucoup publié, votre nom est cité sur nombre de sites, dans de nombreuses langues… » « J’ai fait quelques petites choses ! » « Ne jouez pas les modestes, vous savez bien que dans la création numérique, vous êtes connu » Je ne savais pas comment prendre cette remarque, je considérais mon travail comme marginal et sans importance : « Ça n’explique rien. » Ses yeux gris me clouèrent sur place : « Elle vous aimait, j’ai eu envie de vous connaître ». Que répondre à cela ! « Je suis en stage à l’INSEAD, alors… » Je me dis que j’aurais aimé qu’elle ne soit venu que pour moi. Son stage dévalorisait son acte. Je me taisais, tirais sur ma cigarette : « Comment vous appelez-vous ? »

Elle ne répondit pas : « Vous ne croyez pas que c’est con de fumer ? »
Par Balpe - Publié dans : Uwe
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Samedi 28 janvier 2006

Cette annonce de spectacle est un faux, Marc Hodges essaie de me faire passer pour un pornocrate. Je n'en suis pas plus étonné que ça…
Par Balpe - Publié dans : Appartés
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Mercredi 25 janvier 2006

Le sort s'acharne: pourquoi ne veut-on pas que vous accédiez à mon blog, car je ne peux croire que vous soyez si nombreux à vouloir le faire…
Par Balpe - Publié dans : Inconnu
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Mardi 24 janvier 2006
Du temps a passé : j’ai été trop pris par de petites tâches quotidiennes et Marc Hodges, même si j’ai profondément besoin de parler de lui, de nos relations — peut-être de leurs ambiguïtés…— ne me permet pas de vivre. Il faut aussi que je produise de l’alimentaire pour alimenter la machine. Tout n’est pas gratuit comme dans l’économie Internet. Enfin, presque…

J’arrête ces banalités… En fait je ne sais plus par où continuer tant j’ai de choses à vous dire… Toute lutte contre le temps est désespérée et tout homme qui, ne serait-ce qu'un tant soit peu, n'a pas compris le temps, et qui, ne l'ayant pas compris, l'a au moins un peu compris, doit cesser de comprendre aussi tout ce qui existe. C’est ainsi, le temps conditionne tout, revenir en arrière… Il y a là comme un paradoxe car le temps, sans hésitation, suit sa flèche et rien ne se revit deux fois. Tout retour en arrière est une construction mentale.

Suite à l’épisode Gilberte, mes relations avec Marc Hodges étaient détériorées. Je peux même, sans exagérer, affirmer qu’elles étaient devenus nulles. Aussi, comment pouvais-je réagir durant cette rencontre que j’ai évoquée les 3 et 10 janvier dernier ? J’aurais dû partir, mais mon hotesse n’aurait pas compris ; trouver une réplique brillante, mais je ne les trouve toujours que bien avant d’en avoir besoin ou bien plus tard… Bêtement je lui tendis la main. Il ne la prit pas, se retourna, fit semblant de reconnaître quelqu’un dans les invités arrivant : « Je ne crois pas que vous connaissiez Albertine, dit-il à notre hôtesse, la commissaire Albertine Mollet… permettez-moi de vous la présenter… » Et l’entraînant, il me planta là, stupide et inutilement courroucé.

Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Dimanche 22 janvier 2006

Les blogs libres nous échappent, celui des Carnets d'Oriane a disparu sans prévenir ni laisser d'adresse. Faut-il y voir une volonté délibérée? La théorie du complot?… Je l'ignore. En tous cas, ils vont prochainement migrer vers une autre adresse.
Par Balpe - Publié dans : Autopromotion
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Mardi 17 janvier 2006
L’écriture pour les blogs a ses propres contraintes — comme toute écriture qui dépend des dispositifs par lesquels elle est médiatisée. Le blog obéit à une chronologie du quotidien où chaque jour — même si rien n’y disparaît et demeure en mémoire — chasse l’autre. D’autant que les lecteurs y sont instables et aléatoires. Un tel arrive ici parce qu’il a demandé à un moteur de recherche où trouver un site parlant de « pause » ou de « blog » ; un autre parce qu’il a cherché ce qu’étaient les blogs de Libération, un autre encore vient des poèmes de Jean-Pierre Balpe… Je serais très étonné que quelques uns y viennent avec le désir absolu de retrouver ce blog et ce que j’y dépose. Le blog s’apparente à la pêche à la ligne et l’écriture se doit d’en tenir compte.

La Disparition du Général Proust essaie de prendre en compte l’ensemble de ces contraintes où les récits se déploient dans des espaces différents, se croisent, s’entrecroisent, se modifient, influent les uns sur les autres en essayant cependant de tenir compte de l’espace, des possibilités spécifiques des divers blogs sur lesquels s’affiche tel ou tel de ses éléments. Les possibilités des blogs ne sont en effet pas identiques : un tel est plus adapté à la photographie, un tel permet la navigation par catégories, tel autre publie des statistiques, etc. Peu d’entre eux — du moins dans le gratuit — offrent toutes les possibilités. Cet espace virtuel est dynamique et en perpétuelle reconfiguration.

A sa façon propre, ce blog-ci, Romans, s'efforce de proposer des modes de circulation de lecture spécifiques à cet espace qu'est une HyperFiction.
Par Balpe - Publié dans : Appartés
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La fiction est une satisfaction pour l’esprit humain parce que, non seulement elle permet de construire le présent, mais également elle autorise à anticiper le futur et à réactualiser le passé. Le temps n’y a pas d’importance.

Si j’ai choisi un ensemble de blogs, c’est d'une part que le temps y est encore plus déstructuré, chaque lecteur s’y promène suivant ses désirs du moment : le passé y est un présent possible et le présent, un futur passé; d'autre part qu'à l'image du réel et du psychologique elle se répand et se déforme dans l'espace virtuel de l'imaginaire. Défi pour un romancier qui, comme tous ceux de sa génération, s’est construit sur l’idéologie linéaire et téléologique du livre. L'image du blog des blogs est celle du labyrinthe.

Que mes lecteurs s'y perdent !
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