Romans


Romans fait partie d'une HyperFiction intitulée La disparition du Général Proust. Cette fiction, à l'origine liée à celle que le journal Libération a publiée dans ses pages du 18/07 au 28/08 2005, comprend l'ensemble des blogs dont les liens sont donnés dans celui-ci.


Lundi 20 mars 2006
La joie qu’avait Marc Hodges à être reconnu dans le petit milieu littéraire — de la littérature d’avant-garde, de recherche, des vrais écrivains dont les seuls lecteurs étaient des pairs, — les écrivains eux-mêmes — le système fonctionnant, pour l’essentiel, en promotions réciproques — ne dura pas. Lorsqu’il se regardait dans son miroir, Marc Hodges était ainsi sans cesse renvoyé à la question centrale : pourquoi écrivait-il ? S’il ne se posait pas la question «pour qui?», c’est parce qu’il était persuadé que la réponse était à trouver bien plus dans la pragmatique éditoriale — ce qu’il appelait le «dispositif» — que dans sa qualité personnelle d’écriture. C'est aussi parce qu'elle le renvoyait au pourquoi… Son interrogation était beaucoup plus égoïste, elle ne concernait que sa pratique personnelle. Il écrivait, il était persuadé de l’avoir toujours fait, il se souvenait enfant n’avoir jamais pu s’endormir sans se raconter une histoire de son invention. Il se souvenait avec volupté de ces longs moments où, se cachant sous ses draps pour être dans un isolement sensoriel parfait, il s’abstrayait du monde s’immergeant dans celui qui ne dépendait que de son imagination, où l’univers entiert se pliait à ses désirs.

Cette question était donc triple : pourquoi avait-il ce besoin de se créer un monde à lui? Pourquoi, adulte, ce besoin n’avait-il pas disparu? Et pourquoi avait-il besoin de le communiquer à d’autres? Il aurait en effet pu s’enfermer dans son monde impossible, vivre sa vie dans cette autoconstruction où il se sentait bien. Mais il savait en même temps — parce que chez lui la tentation du retrait (que l’on trouvait chez plusieurs de ses personnages) était forte — qu’il était là au bord de la folie, risquait de tomber dans une forme d’autisme, d’enfermement, de négation du monde. Il n’en était pas encore là…  Et pourtant il éprouvait toujours une grande volupté à imaginer puis à transposer en mots son imaginaire. Il savait maintenant — la vie se chargeait sans cesse de le lui rappeler — que l’image sociale de l’écrivain n’était qu’une image fausse, boursouflée, une image publicitaire qui n’intéressait que le marketing. Vendre des livres, cela seul comptait et tous ces écrivains qui remplissaient les manuels scolaires, n’étaient pour la plupart que des statues figées plantées au milieu d’un parc la plupart du temps solitaire et que, personne, dans sa promenade ne regarde. Seule, ce qu’il appelait désormais la mafia littéraire, y trouvait son compte ; l’image de l’écrivain ne servait guère qu’à atteindre deux buts : faire du commerce et, but secondaire mais cependant indispensable au premier, maintenir une institution littéraire — professeurs, chercheurs, critiques, membres de jurys, éditeurs…— dont le seul travail était de maintenir artificiellement l’image d’une littérature comme valeur primordiale. Ce serpent se mordait la queue…

Pourtant Marc Hodges éprouvait toujours une étrange volupté à créer des mondes de mots, il y consacrait une bonne part de son temps, en vivait presque.
Par Balpe - Publié dans : Marc Pérignon
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Vendredi 17 mars 2006
Pourtant il n’y avait rien de concret dans tout cela… Jamais Marc ne surprit réellement quelqu’un en train de le surveiller, jamais il ne prit prendre un quelconque suiveur en défaut. Des impressions fugitives mais un sentiment tenace qui lui dévorait chaque minute de l’existence : Marc comprit que son esprit devenait malade d’inaction et s’accrochait ainsi à n’importe quoi, même si ce n’importe quoi n’avait pas la moindre apparence de réalité, il manquait désormais de but réel dans l’existence, l’écriture n’était au mieux qu’un succédané incapable de compenser l’intensité émotive de ses activités antérieures. Pourtant il s’était jeté dans l’écriture à corps perdu. C’est pour elle qu’il avait renoncé à ses identités antérieures, jeté Marco Boldo, Marc Balma, Marc Pérignon, Markus… et tant d’autres… aux orties. Quand le temps lui était compté, que ses activités politiques l’absorbaient totalement, il était dans le manque. Il écrivait depuis toujours, ne se souvenait pas une période de sa vie où il ne s’était pas livré à cette activité mais, jusque là, chaque ligne d’écriture était volée à son activité principale et la possibilité de consacrer tout son temps à la littérature lui apparaissait comme un rêve. Il savait qu’il avait des choses à dire, il se sentait la trempe d’un écrivain, les mots dansaient en lui toute la journée, les phrases s’imposaient à son esprit. Il les notait dès qu’il le pouvait mais, la plupart du temps, il n’en avait pas la possibilité et, ne pouvant les mémoriser toutes, regrettait souvent ces fragments admirables qu’il avait oublié. Écrire était son Eldorado.

On sait comment après ses aventures sud américaines et son passage par New-York, il trouva le courage de rompre avec ses relations politiques clandestines, de trouver un travail qui ne le contraignait pas trop et de se mettre à l’écriture. La publication dans un magazine de son premier récit « Sans nouvelle des anges », suivi rapidement par un second «Le sens de la vie», lui fut une joie énorme. Mais cette joie ne flamba que comme un feu de paille : personne ne parla de lui, personne ne s’adressa à lui, personne ne lui parla de ses textes… C’était un peu comme si ce qu’il avait écrit n’avait servi à rien. Certes il ne s’attendait ni à bouleverser le monde littéraire avec ces deux nouvelles, ni à passer à la télévision mais il ne pouvait s’empêcher de s’imaginer que, d’une façon ou d’une autre, se manifesteraient des signes d’intérêt. Il lisait beaucoup de ce qui était publié, ne trouvait à la plupart de ces publications pas plus d’intérêt qu’aux siennes. Même ceux qui étaient considérés comme les «grands auteurs» du moment ne lui paraissaient pas valoir mieux que lui. Il se força à fréquenter les milieux littéraires, alla à des lectures, se nourrit dans des cocktails, fréquenta les innombrables salons du livres, fit la cour à des écrivains, des éditeurs, des critiques… Son premier roman «Ganançay» fut enfin publié dans une petite maison d’édition à la réputation sérieuse. Il y eut un article dans Libération. En deux ans, il vendit les 2000 exemplaires du tirage original mais l’éditeur refusa d’assumer les frais d’un second tirage qu’il jugeait trop risqué et, les négociations avec un éditeur de livres de poche n’ayant pas abouti, ce roman disparut du paysage. Période étrange. Marc Hodges était encore obnubilé par la littérature, écrire était le seul but de la vie. Mais à quoi servaient toutes les pages qu’il produisait si aucune n’était éditée ? Il étudia la possibilité du compte d’auteur, prit conscience de la toute puissance de la diffusion ; il se rapprocha de revues littéraires où il parvint à publier de temps en temps poèmes ou nouvelles courtes. Dans ce petit milieu il était connu. Pendant un temps il trouva dans cette connaissance un semblant de reconnaissance. Il en fut satisfait.
Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Mardi 14 mars 2006
Dans les jours qui suivirent, Marc Hodges fut obsédé par les coïncidences. Il lui semblait soudain que la nature était remplie de signes : une feuille morte de châtaignier où trois trous figuraient comme un visage, des bouteilles de plastique flottant sur un des nombreux canaux du parc du château, l’alignement de marrons tombés à terre qui semblait orienter le regard vers une branche morte, elle-même le prolongeant vers un banc de pierre sur lequel avait été tracé un trait à la craie blanche… Tout soudain était en relation, chaque chose renvoyait à une autre comme si la nature entière avait été mise à contribution pour lui envoyer des messages qu’il ne pouvait encore comprendre mais qu’il devait s’appliquer à déchiffrer. Il ne pouvait entrer dans un café sans avoir l’impression que les regards s’intéressaient aussitôt à lui et que la position de la main sur la table du consommateur installé près du radiateur faisait signe avec celle de cet autre consommateur installé au bar et que ce signe le concernait, lui, tout particulièrement.

Sa longue habitude du secret et de la clandestinité l’avait, depuis si longtemps, habitué à tout examiner avec attention avant de commettre le moindre de ses actes qu’il remarquait tout, notait tout, ne pouvait entrer dans un lieu publique sans chercher les coïncidences qui en faisaient un lieu particulier, hostile, indifférent ou amical. Depuis qu’il se pensait suivi, observé, tout devenait coïncidence. Hasard que cette dame au bichon blanc qu’il avait remarquée dans le parc deux jours auparavant, entre dans le bar où il se trouvait depuis quelques minutes ? Hasard que cet adolescent au profil vénitien entre pour acheter des cigarettes puis, comme s’il se ravisait, aille vers les toilettes, passant près de Marc, puis, revenant quelques minutes après acheter enfin ses cigarettes, le regarde de façon distraite comme s’il ne voulait pas que son regard soit remarqué ? Trois hommes à chapeau, cinq joueurs de loto, quatre acheteurs de Winston… tout cela pouvait bien signifier quelque chose qui lui échappait. Il se sentait pris comme dans un de ces jeux collectifs qui consistent à manipuler des inconnus à leur insu. Au fond, il aurait préféré se savoir vraiment surveillé, être sûr que le clochard qui lui tendait la main était bien chargé de le surveiller et non un simple mendiant comme il semblait vouloir l’être. Pour Marc, tout n’était plus qu’apparence, surface au-dessous de laquelle il fallait descendre pour avoir une chance — même infime — de comprendre comment se constituaient les signes.

Rester chez lui n’était pas une solution car il facilitait ainsi la tâche à ses éventuels surveillants. Il s’obligeait donc à sortir, feignait de vivre comme d’habitude, sans rien changer à sa routine, mais, dans le même temps, il ne cessait de se demander comment il pourrait s’échapper, retrouver ce monde normal où la multitude des choses disparaissait dans leur banalité.
Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Mardi 7 mars 2006
Je ne sais si vous avez déjà été victime du sentiment d’être suivi, observé, épié, cette sensation désagréable entre vos omoplates qui se contractent légèrement comme si un regard émettait une légère pression, insensible sur le plan biologique et pourtant évidente sur le plan psychologique. Vous vous dites alors : « c’est une impression stupide, pourquoi voudrais-tu être épié ? Qui pourrait s’intéresser suffisamment à toi pour occuper son temps à ça ? Ne te retourne pas… » Et pourtant, plus vous essayez de vous convaincre que vous êtes la victime d’une illusion et plus votre corps semble échapper à votre volonté consciente : il veut des retourner, il se retourne… Pour concilier cette dichotomie du corps et de l’esprit, vous l’obligez alors à des ruses enfantines : ramasser un marron tombé et le jeter contre un tronc d’arbre, aller cueillir une fleur en bordure de l’allée, faire tomber vos clefs… Il faut absolument trouver des raisons de regarder derrière vous et vous voyez qu’il n’y a personne, et vous voyez qu’il n’y a rien, rien ne justifie votre sentiment, vous vous arrêtez, vous bloquez votre respiration mais, à part le souffle léger du vent qui caresse le feuillage, aucun pas ne se fait entendre derrière vous, aucun craquement de feuille ou de branchage. Mais rien n’y fait, l’impression que vous êtes suivi s’est inscrite dans vos neurones, elle y est aussi naturelle que la respiration pour vos poumons : vous efforcez de penser à autre chose, vous pensez à des poèmes, des chansons, à ce que vous êtes en train d’écrire, au travail qui vous attend… mais comme un ver qui sort de terre, l’impression d’être suivi ressurgit toujours, prend la première place. Peu à peu vous devenez cette impression d’être suivi et il vous semble presque devenir fou… Alors vous cédez, vous élaborez une stratégie ; vous vous asseyiez sur un banc pour observer tout ce qui se passe et tout vous devient suspect : n’avez-vous pas déjà vu l’enfant qui passe à vélo, la grand-mère qui s’est assise au loin gardant le landau de son petit fils ne s’est-elle pas arrêtée en même temps que vous, le buisson dont les feuillages frémissent ne servent-ils pas à dissimuler quelqu’un ?… Même le chien qui court à travers les allées semble complice de vos espions… La nature entière conspire contre vous. Vous repartez en courant. Personne ne vous poursuit, mais les perspectives des larges allées permettent de voir si loin ! Et puis, qu’est-ce qui vous dit que seule une personne vous observe ? Théorie du complot !… Vous attendez la nuit. S’il le fallait vous vous mettriez à ramper dans le noir mais vous rentrez chez vous en empruntant un trajet complexe et inhabituel : ce n’est que dans vos murs, toute ouverture hermétiquement close que vous acceptez de vous détendre et de vous sentir à l’abri.
Par Balpe - Publié dans : Appartés
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Jeudi 2 mars 2006
Ce n’était pas la première fois que Marc Hodges se sentait observé : « Je me suis senti observé toute ma vie… » m’avait-il confié un jour dans un de ses rares moments d’abandon confiant alors cependant qu’il pensait que j’ignorais tout de ses activités clandestines… Il le savait déjà. Bien sûr, et ses récentes mésaventures avec ses ex-camarades de clandestinité n’avaient rien qui pouvaient le rassurer sur ce point. Mais il savait aussi que nos sentiments, nos sensations, notre volonté ne dépendent que de molécules chimiques… Comme tout le monde. Il savait que l’amour du chocolat était une forme de dépendance, que l’attirance pour les blondes plutôt que pour les garçons bruns ne dépendait que d’un dosage infime de molécules chimiques dans le cerveau : il avait lu sur ce point un article sur l’oxitocyne qu’une montrant petite pulvérisation nasale pouvait mettre n’importe qui à la merci de n’importe qui.

L’impression d’être suivi, surveillé, était-elle de même nature ? Il se disait: « Arrête de délirer ! Pourquoi voudrais-tu encore être suivi, il n’y a plus aucune raison que quelqu’un s’intéresse à toi ? » Il ne le voulait pas mais ne pouvait s’empêcher d’éprouver l’impression forte d’être suivi. Depuis ce sentiment le poursuivait. De la même façon que l’on croit parfois revivre point à point un moment ancien déjà vécu sans pour autant parvenir à situer ce moment avec précision dans le temps. Comme si le cerveau soudain se mettait en roue libre.

Il ne pouvait s’empêcher de se retourner, de feindre de s’arrêter pour lacer ses chaussures, ramasser un caillou, regarder un arbre pour regarder si quelqu’un était derrière lui… mais depuis que la jeune femme l’avait dépassé il n’y avait personne : des herbes, des arbres, des allées vides et… ce sentiment qui ne le lâchait pas.

 
Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Mercredi 1 mars 2006
Par Balpe - Publié dans : Autopromotion
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Dimanche 26 février 2006
Un matin, comme presque tous les jours, Hodges emprunta les deux kilomètres du parc du château. A cette heure-là, il était désert : les allées creusaient de longues perspectives seulement architecturées par les contrastes du soleil et de l’ombre. Chants d’oiseaux. Vent léger dans les arbres. Odeurs de mousse et d’herbe légèrement humide. Un calme parfait dans lequel son esprit pouvait vagabonder : période la plus créative de la journée. Prétexte à de longues ballades…

Mais ce matin-là il n'était pas tranquille : il était persuadé d’être suivi. Ce n’était évidemment pas la première fois que quelqu’un empruntait le parc en même temps que lui. Après tout c’est un lieu public. Et généralement il n’y prêtait pas attention, mais là ce n’était pas la même chose. Il n’aurait su dire d’où provenait cette sensation mais il lui semblait que les yeux de la femme qui marchait à son allure environ vingt mètres derrière lui, le fixaient et ne le lâchaient pas. Le retour de ses anciens complices, le périple européen qu’il avait été obligé d’accomplir pour eux faisait partie de son présent : il savait maintenant que, quoi qu’il fasse, toute sa vie il serait sous surveillance Il en était sûr, sentait la force d’un regard dans son dos. Son attention aiguë…

Il s’est arrêté. La jeune femme l’a dépassé, a disparu au premier tournant. Pourtant il savait qu’elle ne le perdait pas du regard. Sensation inquiétante et désagréable.

Toute la journée il s’est ainsi senti observé.
Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Mardi 21 février 2006
Cet épisode de la disparition de Marc — certainement parce que, ayant profité de son absence pour récupérer Gilberte il m’a marqué profondément — m’a longtemps obsédé et j’ai toujours essayé d’en savoir davantage. Peut-être aussi parce que lorsque Gilberte m’abandonna à son tour quelques mois plus tard pour un champion olympique de free-style (je dois dire que cela lui allait assez bien) j’avais envie de comprendre un certain nombre de choses comme si les aventures des uns pouvaient servir de modèles ou de leçons pour les aventures des autres. Je dois avouer que j’ai échoué. Pourtant j’ai même osé contacter un ami qui travailla un temps la DGSE pour essayer d’en savoir davantage : déontologie professionnelle ou ignorance, il se dit incapable de m’apprendre quoi que ce soit. Laissons donc tomber cet épisode… D’autant que ma mémoire sur ce point n’est pas d’une sûreté absolue et que j’hésite à savoir si c’est bien un mois qu’il est parti ou seulement quinze jours… Souvent nous inventons nos souvenirs — sans mentir, inconsciemment…— pour les faire correspondre à ce qu’est notre vie du moment !

Donc Marc ne se laissa pas abattre : il se plongea dans l’écriture. Écrire est une activité solitaire, l’écrivain n’a pas besoin du monde puisqu’il le porte dans sa tête. Aussi, il devient fou, ermite ou onaniste… Marc adopta un peu des deux dernières solutions. Pendant un temps il décida de se passer de femmes. Lui qui en avait tant connu dans sa vie, décida qu’elles n’étaient décidément que des sources de souffrance. L’écriture devint sa maîtresse. Il se lança dans un grand roman que, par orgueil ou par prétention il intitula simplement Un roman de Marc Hodges. Celui-ci à peine fini, il en entama un autre que, pour une raison que j’ignore, il intitula Ganançay, puis dans des recueils de nouvelles et de poèmes… Il devenait une machine à écrire quand se produisit un événement qui  rapporter.

Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Dimanche 19 février 2006
A son retour, Marc Hodges était épuisé : physiquement par l’accumulation des voyages qu’il avait fait en si peu de temps, moralement par l’obligation où il avait été de renouer avec des pratiques qu’il avait tout fait pour fuir. Connaissant une part de sa vie antérieure, je ne crois pas me tromper en affirmant que ses anciens camarades l’avaient repris en main et, possédant sans aucun doute des informations qu’il ne tenait pas à voir tomber entre n’importe quelles mains, ils pouvaient, à tout moment, reprendre leur chantage. Autant dire qu’il n’avait pas un moral d’acier.

Mais nous savons tous que la vie ne fait pas de cadeaux et que ce n’est pas parce que nous sommes accablés de malheurs que nous ne pouvons pas être confrontés à de nouveaux encore. Il n’y a pas de fond au tonneau qui recueille les averses de l’adversité aussi ne peut-il jamais déborder. Certains pourtant savent faire avec, d’autres se laissent emporter par le flot. Marc était certainement de la deuxième espèce.

En effet, quand il retourna à Avon, comme je l’ai déjà écrit, il découvrit sa maison vide. Alors qu’il aurait eu besoin d’une épaule consolatrice, alors que seul peut-être la violence érotique de leurs rapports aurait pu l’obliger à sortir de lui-même, ce qu’il reçut en pleine figure, ce fut la trahison de celle en qui il avait une confiance absolue. Qui plus est, elle l’avait trahie avec celui qu’il prenait pour son confident et ami. Il en est généralement ainsi : on ne peut être en effet trahi que par ceux en qui repose toute notre confiance car, pour les autres, la rivalité est une donnée invariable de la vie. Il n’empêche, Marc ne s’y attendait pas. Son monde s’écroulait, et pourtant… pourtant, Marc était de ces êtres qui ne sont jamais aussi forts que devant des épreuves : il ne se laissa pas abattre.

 
Par Balpe - Publié dans : Marc Pérignon
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Mardi 14 février 2006
Voilà pourquoi Marc Hodges disparut pendant un mois… Ne me demandez pas ce qu’on lui a demandé de faire, je ne le sais pas. Trafic d’armes, transport de fonds, aide logistique, contacts entre groupes, aide à des camarades recherchés… il y a tant de possibles ! Il ne m’a rien dit de tout ça, personne ne m’a rien dit de tout ça et seule une enquête de police pourrait éclaircir cet aspect des choses ; mais je ne sais rien et ne vais pas faire semblant de savoir. Tout ce que je sais, c’est par l’intermédiaire de ses papiers dont j’ai hérité de façon étrange (il faudra que je raconte cela aussi…), notamment par les enregistrements des photos numériques qu’il avait déposées sur divers cédéroms, enregistrements que je publie dans Le premier album photos de Marc Hodges et Le deuxième album photo de Marc Hodges. Comme vous le savez certainement, chaque photo numérique porte en elle des informations très intéressantes pour qui sait les exploiter : la marque et le type de l’appareil photo, le temps de prise, l’exposition, l’ouverture, etc… — tous renseignements qui constituent autant d’indices dans une recherche de preuves — mais également la date et l’heure du cliché. Il n’a pas été difficile de trouver ainsi celles prises durant son mois d’absence. Si on les classe dans l’ordre, elles tracent un curieux itinéraire : Sion (Suisse), Venise, Milan, Turin, Nice, Malte, Chypre, Athènes, Beyrouth, Istamboul, Barcelone, Lisbonne, Dublin, Berlin… tout cela en à peu près trente jours ! Marc Hodges ne faisait manifestement pas du tourisme. Il est même permis de se demander comment il a pu être un jour à Malte, le lendemain à Chypre, le surlendemain à Athènes et le jour suivant à Beyrouth ? Seul un avion particulier a pu lui permettre de tels déplacements. J’ai consulté les horaires des compagnies régulières : il n’y a pas d’autres solutions… Vous pouvez conclure par vous-mêmes.

Quant aux photos, à vous de juger… Pourquoi a-t-il pris le temps de faire ces photos, et pourquoi celles-là qui, la plupart du temps, sont anodines. J’essaierai plus tard d’apporter quelques explications mais je n’ai pas encore le droit de perdre le fil de mon récit.


Vue nocturne d'une rue

Par Balpe - Publié dans : Marc Hodges
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Texte libre

La fiction est une satisfaction pour l’esprit humain parce que, non seulement elle permet de construire le présent, mais également elle autorise à anticiper le futur et à réactualiser le passé. Le temps n’y a pas d’importance.

Si j’ai choisi un ensemble de blogs, c’est d'une part que le temps y est encore plus déstructuré, chaque lecteur s’y promène suivant ses désirs du moment : le passé y est un présent possible et le présent, un futur passé; d'autre part qu'à l'image du réel et du psychologique elle se répand et se déforme dans l'espace virtuel de l'imaginaire. Défi pour un romancier qui, comme tous ceux de sa génération, s’est construit sur l’idéologie linéaire et téléologique du livre. L'image du blog des blogs est celle du labyrinthe.

Que mes lecteurs s'y perdent !
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